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Le vieil homme élabore une théorie musicale et scientifique (17)

Vieil homme (qui reste allongé) : vous avez fait une surprenante arrivée théâtrale comme à l'accoutumé ! Et puis quelle chemise à carreaux ! Des carreaux, des carreaux, des carreaux, qui piquent les yeux, le coeur et les oreilles.
Moi : vous êtes en forme on dirait ?
Vieil homme : pensez vous !... Et vous vous demandez "Quelle maladie va-t-il encore pouvoir s'inventer ?" Hé bien, j'ai de la fièvre !
Moi (je vérifie sur son front): non, vous n'avez pas un poil de fièvre.
Vieil homme : hé bien, cette fièvre que je n'ai pas...m'atteint malgré tout. D'ailleurs, ne trouvez-vous pas qu'il y a un silence terrible ici ?
Moi : le fameux monsieur schizophrène à la tête penchée, met un souk pas possible dans le couloir, mais vous n'avez pas mis vos appareils auditifs et l'esclandre qu'il fait devant l'ascenseur est inaudible pour vous.
Vieil homme : c'est juste, et c'est peut-être une chance. Pouvez-vous me les passer ?
Moi : les voilà.
Vieil homme : Vous rappelez-vous d'Inaudi, le grand mathématicien ?
Moi : jamais entendu parler...
Vieil homme : on le mettait devant une grappe...un paquet...un tas...bref, devant un troupeau de moutons, et il pouvait aussitôt en donner le nombre exact. — Mais comment faites-vous Maîèèèèètre, lui demandait-on ? — Je compte le nombre de pattes et je divise par quatre. Ha ha ha.
Moi : ha ha ha
Vieil homme : une autre histoire me trotte soudain dans la tête, mais hélas elle s'échappe...comme un mouton. Entre parenthèse, j'aime bien quand vous êtes là. Je regrette parfois de ne pas être marié avec vous. Vous êtes un redoutable presseur de réalité !
Moi : ...?
Vieil homme : mon ami L., un très bon violoniste, aimait énormément l'histoire de France. On le mettait au défi de dire la liste des rois de France dans l'ordre puis dans le désordre, et il s'exécutait sans compter les pattes ni les diviser par quatre, ha ha ha. Le pauvre a été contaminé par la tuberculose en allant faire son stage de médecine à l'hôpital El Bihar d'Alger et il a supporté cette maladie durant 50 ans. Le pire c'est qu'en rentrant chez lui il a contaminé son père qui en est mort. J'en parlerai lors de ma conférence.
Moi : triste histoire.
Vieil homme : à ce propos mon ami H.B. qui était en pleine forme la semaine dernière, vient de casser sa pipe. Un infarctus. Un homme remarquable. C'était un ancien élève de l'ENS, un expert en construction et en terrain. Il gardait de son premier poste au Maroc un souvenir inoubliable. Une vie gâchée par un double mariage. La deuxième femme essayant de détruire la première.
Moi : triste histoire bis
Vieil homme : bon, il faut que je vous entretienne de ma dernière découverte. Je pense qu'il y a beaucoup plus qu'une coïncidence — j'appellerais ça un parallélisme logique — entre l'histoire des sciences et l'histoire de la musique à la fin du XIXème. Laissez-moi vous faire part de mes trouvailles de chercheur en chambre.
Moi : allez-y je suis tout ouïe.
Vieil homme : Louis Pasteur a fait faire des pas de géants aux sciences en général et à la médecine en particulier. Hé bien la musique en a été contaminée ! Telle est la découverte qui m'a tenu éveillé jusqu'au petit jour et dont je voudrais entretenir mon petit fils musicien électro. Il faudra que je l'appelle.
Moi : contaminée ? Vous voulez dire influencée ?
Vieil homme : je dis qu'on est en droit de se poser la question ! À la fin du XIXeme siècle, la musique européenne est à l'honneur avec des musiciens qui la bousculent et la révolutionnent comme Brahms, Debussy, Malher, Bizet, Dvorak, Moussorgski, Saint-Saens, Wagner, Verdi, Liszt et Tchaïkovski. Au même moment Pasteur qui est chimiste et physicien développe sa théorie microbienne et met en évidence le rôle des germes dans les maladies infectieuses. L'origine de cette musique nouvelle ne réside-t-elle pas dans ce déferlement de micro-organismes sur l'Europe ?
Moi : mais il y a toujours eu des microbes partout !
Vieil homme : oui, mais il y a un accord curieux entre la compréhension de maladies comme la tuberculose ou la rage, et les développements de la musique qui de classique devient soudain moderne.
Moi : c'est audacieux, mais je ne suis pas sûr que vous ne vous emballiez pas pour un nouveau mauvais tour que vous joue votre cerveau...?
Vieil homme : prenez votre temps pour assimiler mes mots. Petite parenthèse entre nous : mes crises de tachycardie ont commencé vers l'âge de 12 ans et ne sont devenues officielles que vers 45 ans. Elles pouvaient se déclencher uniquement parce que deux amis de ma femme parlaient trop fort à la maison. Durant mes 93 années de service il a fallu pas moins de six pacemakers pour contrôler cette arythmie et soutenir mon pauvre coeur emballé.
Moi : c'est douloureux ?
Vieil homme : non, mais c'est très angoissant quand votre coeur se met à battre ainsi à tout rompre... et que surgit inévitablement la question "Et s'il venait à s'arrêter ?"
Moi : et si c'était l'angoisse qui provoquait cette arythmie et cet emballement ?
Vieil homme : et revoilà votre théorie-rengaine, soutenue par une certaine gériatre... Ma vraie maladie en fait, trêve de plaisanterie, c'est la constipation ! Rien ne sort, juste un gaz, c'est malheureux.
Moi : non, votre vraie maladie, c'est l'angoisse, c'est elle qui vous constipe.
Vieil homme : ha ha ha, je suis refait ! Vous avez sans doute raison et vous faites bien de me le dire.
Moi : de rien.
Vieil homme : très bien. Maintenant, prenez la Traviata de Verdi. Elle date de 1853. Hé bien il y a un rôle de phtisique ! C'était le nom donné à la tuberculose à l'époque. C'est une adaptation de La Dame au camélia d'Alexandre Dumas fils.
Moi (lisant sur Internet): d'accord mais je ne vois toujours pas le lien avec Pasteur. Ecoutez cela : pasteur est né en 1822. Entre 1854 et 1857 il travaille sur la fermentation lactique. En 1863 en étudiant le vinaigre, il développe la pasteurisation. Il montre que les microbes sont partout et responsable des maladies. il démontre l'absurdité de l'idée de génération spontanée et découvre qu'il existe des micro-organismes qui se développent sans air.
De 1877 à 1887 il met en évidence que les maladies sont dues à des micro-organismes qu'il faut combattre et c'est ainsi qu'il découvre le vaccin antirabique. Aussi je suis en train de me dire que c'est peut être le réalisme à l'oeuvre dans la musique et la philosophie de cette époque, qui ont eu une influence sur son parcours scientifique et non le contraire comme vous l'imaginez...? On sait par contre de façon sure, que les effets de la vitesse dus au train à vapeur ainsi que les découvertes sur la diffraction de la lumière ont profondément influencé la peinture et notamment les impressionnistes... D'où peut-être une certaine confusion ?
Vieil homme : voilà qui est intéressant. Vous ne voudriez pas écrire un livre là-dessus ?

Tag(s) : #Dialogues, #Digital Painting, #Peinture numérique, #Photo

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