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Dialogue imaginaire entre des psychanalystes et un artiste manichéen et déprimant

Brice : le referendum décrété par Tsipras en Grèce n'a rien de démocratique. Le vote direct n'a jamais été démocratique. Et puis demander à voter NON est très étrange de la part d'un gouvernement !?

Ivan : Qui peut s'arroger de refuser au peuple grec le droit de décider de son avenir par référendum ? de refuser l'austérité et la casse des services publics ? de s'affranchir des dictats financiers européens ? ...surtout quand la corruption a remplacé depuis longtemps la démocratie. En France on nous a volé notre NON à cette Europe financière. Le référendum est un acte hautement démocratique quand tout autre levier est confisqué ! L'accord de Lisbonne a bafoué notre demande d'une Europe sociale. La Troïka ne souhaite pas aider la Grèce, elle souhaite renflouer les banques grecques. C'est la Troïka (Union européenne, Banque Centrale Européenne, Fond Monétaire International ) qui décide d'enfoncer les peuples dans l'austérité.
Brice : tu es manichéen, il n'y a pas les mauvais financiers d'un côté et le reste du monde de l'autre côté.
Ivan : je ne divise pas le monde, je l'observe et m'observe, car le monde c'est toi, moi, nous, dans nos relations. Qu'y a-t-il derrière le désir permanent d'accumuler des biens, des richesses, du pouvoir ? Qu'y a-t-il derrière la volonté de toujours placer le profit avant l'homme ? Il y a l'avidité, l'égoïsme, l'inconscience et surtout, la peur.
Taxer les profits financiers, ramener l'écart des salaires de 1 (min) à 10 (Max), introduire la parité et le tirage au sort dans la politique, tout cela n'a rien de manichéen. La religion manichéenne, le bien et le mal n'ont rien à voir là dedans. Il s'agit de respect de soi-même, de l'autre, et de répartition des richesses. Ce sont l'accumulation, la consommation et le profit qui nous détruisent, c'est à dire nos propres comportements.
Les grands financiers européens se comportent avec Tsipras et la Grèce comme la United Fruit se comportait avec Allende et le Chili.
Brecht disait "On parle toujours de la violence du fleuve, jamais de celle des berges qui l'enserrent"...
Agissons de façon créatrice, chacun à notre échelle, partout où c'est possible. La démocratie se construit au quotidien, dans la proximité, pas avec un bulletin de vote tous les cinq ans !
John : c'est facile de dire cela depuis ta terrasse où tu es en train de manger des sushis...
Ivan : laisse moi te raconter ces deux années d'intervention dans un collège de ZEP à Romainville, qui ont abouties à la réalisation d'un jardin zen avec des jeunes de 12/13 ans (voir articles précédents)
John : elle me fout la déprime ton histoire de jardin japonais.
Ivan : ah ! et pourquoi ?
John : parce qu'il n'y a que toi qui soit capable de faire ça, de remuer ainsi ciel et terre, pour un résultat aussi exceptionnel ! Et, comme tu l'as observé, cela demande un ensemble de conjonctions inouïes : avec un artiste pédagogue comme toi, un pion trompettiste, un jardinier inventif et malin, un proviseur hyperactif et une adjointe exceptionnelle, une association dévouée aux quartiers...
Ivan : ce ne sont pas tes sens ouverts à la nouveauté qui s'expriment là, c'est ta peur. Chacun peut être créatif (ou peut découvrir sa créativité) ici et maintenant, et agir autour de lui, avec ses capacités et ses savoir faire. C'est ce que tu fais sans aucun doute avec tes patients en tant que psychanalyste...
John : non ! Ce n'est pas donné à tout le monde.
Ivan : pourquoi poser cela comme une vérité, ou comme une barriere infranchissable ? Qui détient la clé du champ des possibles ? C'est toi et moi. Pourquoi transformer la réalisation de ce jardin en sommet inaccessible, en épouvantail, en repoussoir, en acte inouï qui anéantirait toute autres tentatives créatrices. Observe juste que ce sont des jeunes de milieux simples, qui n'avaient jamais touché la terre, qui l'ont réalisé, et qui ont énormément appris.
Nicole : C'est vrai qu'avec Ivan on parle toujours de proximité, de trajet court et de partage de découvertes personnelles, qu'il oeuvre avec des vacanciers sur un grand voilier ou avec une classe dans un collège de banlieue.
Ivan : c'est ici et maintenant que l'on peut décréter sa liberté. De telles micro expériences, il y en a partout en permanence, mais nous les ignorons et les médias n'en parlent pas car elles ne sont ni spectaculaires, ni dramatiques, et ne génèrent pas d'argent. Elles ne génèrent que de la joie, de la poésie, de l'éveil, du partage et du lien, toutes choses très dangereuses car ingérables pour le politique et le financier, mais aussi pour nous mêmes.

Oui, la joie, la poésie, l'éveil, le partage et le lien nous mettent en risque. Le risque d'être vivant.

Tag(s) : #Dialogues, #philosophie, #Politique, #JardinJaponais

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