art

Lundi 23 novembre 2009
Je vous attends au Café SIGNES les 5 et 6 décembre pour la vente de Cartes de voeux du groupe d'artistes LA SEINE. 33 Avenue Jean Moulin 75014 Paris de 14h à 20h. (prix unique : tout à 10€)

Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Dimanche 8 novembre 2009
Mon ami philippe Durand, le fondateur (avec Martine) du café littéraire Le Petit Ney, Porte Montmartre, me demande :
Qu'est-ce que c'est pour toi un artiste dans la cité ?
Ce n'est rien d'autre qu'un citoyen lambda qui décrète sa liberté par une attention intense à l'instant présent, à tout ce qui l'entoure, et à tous les processus psychiques qui se déroulent en lui dans son rapport aux autres. Ce faisant, je m'affranchis de toute autorité intérieure et extérieure (je n'ai pas dit : je m'affranchis de la loi). La liberté n'étant plus une fin à atteindre (un espoir) mais un moyen, j'entre en contact avec les arbres (le cerisier inauguré avec les enfants de l'école), avec les murs (la façade de ma maison, le "Mur Mûr d'art"), avec la gare (projet "Cinébouffe"), avec les habitants (les voisins venus me parler pendant la fresque, les classes venant visiter mon atelier), éveillant peut-être leur regard à quelque chose de beaucoup plus large que la pensée : la réalité. Ce qui pourrait être une définition de l'artiste ?
Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Vendredi 11 septembre 2009
        Lors de l’exposition universelle de 1937 est inauguré « le palais des arts modernes » qui s’appellera plus tard le Palais de Tokyo. Dans cette architecture Musolino-fascisto-socialiste était présenté le pire de la peinture française (On voit cette architecture grandiose et rigide dans toute l’Europe de l’Ouest et de l’Est. Le Corbusier et Malle stevens ont perdu le concours pour ce bâtiment…). Pour comprendre, allez voir les grandes tartines qui couvrent encore les murs du Théâtre de Chaillot (même architecture et mêmes fresque grandiloquentes et musclées) et observez les sculptures extérieures.
        A cette même exposition universelle de 1937, de l’autre côté de la Seine, dans le superbe pavillon en bois et verre de la jeune république espagnole, on trouve deux toiles révolutionnaires de Picasso et Miro : « Guernica » (commande de la République espagnole) et « La faucheuse ».
        Aujourd’hui le Palais de Tokyo est devenu un Musée d’Art Contemporain. L’intérieur du bâtiment a été déshabillé pour ressembler à une friche industrielle. L’ambiance est grise, froide et sans vie. Les cafétérias son peu accueillantes et leur personnel désagréable.
        Visite de l’exposition SPY NUMBERS par cinq membres actifs de Un Jour Une Œuvre
unjouruneoeuvre.eu

Qu’est-ce que tu vois :
1) Trois tuyaux blancs horizontaux produisant un son omniprésent
— Rien d’autre ? — Non.
2) Une immense photo de nuit en Noir et blanc avec une foule des années trentes qui regarde en l’air.
— Rien d’autre ? — Non — Lis l’étiquette : c’est une « scène le lynchage avec des pendus qui ont été effacés sur photoshop par l’artiste » Ah, c’est une mauvaise blague…
3) Trois cailloux quelconques posés sur trois plots.
— Rien d’autre ? — Non — Lis l’étiquette : ce sont « les sommets de trois montagnes » Ah, c’est une mauvaise blague…
4) Un Pylone de cinq mètres avec huit haut-parleurs qui diffusent des messages radio inaudibles.
— Rien d’autre ? — Non — Je n’ai même pas envie de lire l’étiquette : « Ca imite un pylône de camp de concentration » (nous dit une visiteuse anglaise). Une très mauvaise blague, donc ?
5) Un monstre humanoïde vert tout en jouets englués.
— Rien d’autre ? — Non — Lis l’étiquette : ce sont des jouets Mac Do… alors c’est une dénonciation ? De quoi ? « c’est juste une idée, y a rien à comprendre » nous dit l’un des gardiens. — Que pensez-vous de tout ça, vous qui êtes là toute la journée ? — C’est le destin qui m’a donné ce boulot ici. Je le fais et je ne me pose pas de questions. Monde de fous .
6) Un mur du Musée est éventré, des bouts de cloison en sortent.
— Rien d’autre ? — C’est violent, ça immite une destruction d’immeuble, ou un accident d’avion.
7) une machine à produire des pluies de photons dans un cube vide
— Rien d’autre ? — Non — Lis l’étiquette : « machine à produire des aurores boréales ». « Elle marchera 5 minutes le 20 septembre. Y a rien à comprendre. On nous sélectionne au poids. Moi j’ai laissé ma cervelle au vestiaire » nous dit le deuxième gardien.

        Sentiment de malaise en sortant. Pour nous achever on tombe sur trois pylones EDF (15 mètres de long) couchés sur le sol d’un couloir. Le cartel dit « L’original est une copie » ce qui est également vraie pour l’extincteur accroché au mur. Pathétique ou lamentable ?

Allez lire la "fiche de visite" de SPEI qui est beaucoup plus détaillée que la mienne http://www.speigallery.com/post/2009/09/11/UJUO-en-direct
Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Mercredi 2 septembre 2009
Mon amie Corinne Hellein (designer couleur, décor et scénographie) contact@cocohellein.com se métamorphose en COCO hellein du 4 au 9 septembre 2009 au Salon MAISON & OBJET (Paris Nord Villepinte I Projets I hall 5b a 42.
Bonheur de recevoir une belle invitation vraiment originale:


Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Mardi 31 mars 2009
Compte-rendu de la visite de UJUO http://unjouruneoeuvre.eu  au Musée Dapper

Face au 35 de la rue Paul Valéry (75016 Paris), une femme et deux hommes se sourient. Connivences. Ils pénètrent dans le Musée Dapper. Il y a dix ans, ils auraient emprunté une petite allée qui traversait un micro jardin et son bosquet de bambous. Aujourd’hui, pour rejoindre le continent africain, ils empruntent une passerelle aérienne qui traverse un grand hall ocre rouge, survolant une petite librairie et une cafétéria confortable.
    Première salle. Obscurité et plafond bas, grandes photos de femmes africaines éclairées par des projecteurs d’expo à couteaux. Un ventre fripé et blessé acollé à un tronc noueux et veiné. Un ventre gris immense de femme enceinte (1,50 x 1,00m ) qui surgit des pans d’une veste noire. Nombreuses photos posées en noir et blanc qui veulent (trop ?) démontrer, transmettre une idée.
Le trio UJUO ne lit ni les textes ni les cartels. Il s’arrête devant une pêcheuse dressée seule sur la plage face à l’océan, robe rouge et blanche dégrafée dans le dos (hasard ? oubli ? misère ?), collée aux jambes par le vent. Elle est au centre d’un univers marin aux bleus verts variés, reins cambrés, genoux fléchis, qui hale son filet bleu. Sous le foulard, son profil noir est à peine visible. La ligne inclinée de l’horizon traverse sa tête. Il y a des échos graphiques entre les mailles du filet et les motifs du foulard ; entre une courbe de la robe et une courbe du filet ; entre les imprimés de la robe et les vagues. Sa tête d’un côté, et la pelote de filet dans ses deux mains de l’autre, sont les deux points de tension de la photo.
    Saisissement (plurifactoriel ?) quand on entre dans la deuxième salle. Fraîcheur et souffle de ventilation très présent, plafond haut à lattes chromées (années 70 !) constellé de projecteurs. La salle est remplie de boîtes en verre pleines de reflets, posées sur plots. Un premier regard balayant offre une cinquantaine de sculptures de femmes noires (90 cm de haut ?), nues, visages asexués, épaules carrées, seins en obus, genoux fléchis.
    Le trio UJUO s’arrête devant une sculpture en bois un peu différente des autres. Forme générale d’une fourche en Y. Deux mètres de hauteur. Bois clair, veiné, noueux, fendu et troué en plusieurs endroits. Tête « extra-terrestre », en « masque aérodynamique », ou en « casque grec » ou en« tête de mort » aux orbites creuses écartées (de face). De profil apparaît une bouche, des joues féminines et peut-être une trace de sourire. Epaules larges et carrées. Enormes seins en obus horizontaux, noircis par un pigment et aux bouts polis et décolorés par des caresses répétées (?) Corps droit et plat sans hanches. Sexe en petite bosse fendue. Une photo nous révêle que cette fourche/femme s’avère être un pilier de charpente soutenant une poutre, jamais vu de face dans son contexte d’origine
La plupart des sculptures de cette salle s’avèrent être des idées de jeune femme prêtes à l’allaitement. Elles n’éveillent aucun désir chez Sylvie, Alexis ou Ivan.
Quelques statuettes égyptiennes nous montre des femmes dans des poses stéréotypées mais aux visages expressifs très réalistes.
    Troisième salle. En haut de l’escalier, nous sommes saisis par un objet très simple en bois creux, patiné de pigment rouge, objet à la fois très réaliste, étrange et d’une douceur infinie : deux seins et un ventre de femme enceinte au nombril proéminent, grandeur nature. Sans la vitrine, nos mains seraient déjà en train de parcourir ces trois rondeurs. Le buste égyptien juste à côté ne provoque pas cette réaction (la photo d’en bas non plus). Cet objet, que nous apparentons à une « prothèse de cinéma » (il se révélera être un objet initiatique porté par les hommes pour faciliter l’accouchement) plutôt qu’à une sculpture, réveille en nous quelque chose de très profond. Sylvie pense que cela réveille quelque chose d’inné. Ivan pense que cela réveille quelque chose d’acquis.
Nous entrons en conversation avec un quatrième visiteur qui se révèle être un sculpteur à moustache, Mr Pasqier Lévigne : « On rentre en conversation avec certaines sculptures et pas avec d’autres. Une sculpture c’est fait pour être touché ».
Nous nous arrêtons devant une sculpture aux yeux et au ventre en miroir qui nous reflètent et le monde avec. Plus loin deux sculptures aux ventres et aux dos scarifiés . Sylvie scotche les deux garçons en leur demandant si toutes ces femmes qui n’affichent aucune expression, aucun rire ni plaisir, ne sont pas toutes excisées et à quand remonte cette pratique ?

Trouvé sur WIKIPEDIA
Une pratique traditionnelle
Les pratiques d'excision sont considérées comme traditionnelles dans la mesure où elles se sont installées dans un contexte animiste ou pharaonique (c’est-à-dire bien avant l'arrivée des grandes religions monothéistes dans ces contrées). D'autre part, l'excision fait souvent office de rite de passage et de reconnaissance de la petite fille dans sa société.
L’excision est actuellement défendue au nom de :
    * la préservation de la virginité (considérée comme un idéal féminin au mariage),
    * l’amélioration du plaisir sexuel masculin (par le rétrécissement du vagin ou de l’orifice vaginal)
    * la protection contre le désir féminin (considéré comme malsain par les partisans de l’excision ou non contrôlable en cas d'absence d'excision),
    * raisons hygiéniques,
    * raisons esthétiques,
    * patrimoine culturel ou traditionnel (initiation à l’état de femme, peur que le clitoris n'empoisonne l'homme ou l'enfant à la naissance...).

Café après la visite. Sylvie découvre que l’on peut laisser son regard sur chaque œuvre mise en ligne sur UJUO. Je découvre que Sylvie découvre cela. La page d’accueil n’est donc pas claire ! On reparle de mutualiser nos regards dans une revue papier…

Ivan 23 III 09

Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Dimanche 22 mars 2009
Il faudra que je vous parle plus longuement de la minuscule revue d'art REGARD, de l'artiste Marie Morel. Le petit livre qui retrace l'histoire de ses 100 premiers numéros est génial. Abonnement 6 numéros pour 18 euros à :
                Marie Morel 01260 Le Petit Abergement France
Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Vendredi 6 février 2009

Bic au lit. L'homme attentif, en contact direct avec l'oeuvre, fait du même vide et des mêmes atomes que son oeuvre, de la même étoffe que le monde.
Robert, mon ami ivoirien, et Bruno de Baecque 
voir article , sont passés hier à l'atelier et nous avons reparlé de l'expérience émancipatrice du voir sans savoir.

Prendre conscience de l'acte de VOIR (l'oeuvre, sa femme, son voisin, sa rue), qui n'est un acte de compréhension que si l'attention est totale, c'est à dire sans mesure, sans comparaison et sans jugement.
Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Mercredi 4 février 2009

                                            photo Jean Seisser. L'atelier des bronziers de Fumban (Cameroun)

Allez voir, du 26 janvier au 15 mars,  les bronzes d'Hervé Di Rosa réalisés en collaboration avec des fondeurs Camerounais. C'est à l'espace "1789" de St Ouen à 2 stations de métro de la Porte de St Ouen. L'univers d'Hervé s'épure et prend de l'envol avec ces volumes bruts (ébarbés mais non patinés). Jean Seisser, commissaire de l'expo, a fait de superbes photos de toutes les étapes de cette belle aventure.
Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Mercredi 4 février 2009
Lundi, à l'heure du déjeuner, j'ai visité le Louvre avec Bruno De Baecque www.vusouscetangle.net (1h45 20€ BdB + résa groupe + ticket)

J'essaie ici de rapporter un résumé de ses propos. Qu'il m'excuse si je ne suis pas toujours fidèle à ses mots, je crois que le sens y est.

Bruno :Qu’est-ce qu’ils foutent les quatre qui manquent ?
M : Je ne suis pas sûre que la visite me plaise alors je vous quitterai peut-être en route...
Bruno : Attention, je ne suis pas un dieu. Avec une phrase comme ça vous pouvez fragiliser le comédien qui va monter en scène. J’étais comédien avant de faire ces visites. L’instant juste avant la visite, on est très vulnérable.
    Notre thème « regard sur le vieil art », c'est un jeu de mots, fait suite à ma conférence « regard sur le vieux Paris ». Le rythme est essentiel dans mes visites. Je vais vite. On ne s’appesantit pas, c’est comme une dégustation de vin, je veux vous faire découvrir le petit goût de la cerise mais pas vous saouler.
Ma question c'est : qu’est-ce que je suis sensé voir et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce qu’on voit et qu’est-ce que je m’autorise à voir ?

Exemple, regardez cet homme là-bas couché dans sa vitrine. De loin il a l’air de faire quoi ? des abdos ! De près il est bleu et bien mort et l’on comprend que ce christ (sculpture en bois polychrome du moyen-âge) était sur une croix, mais qu’ici on l’a allongée sans sa croix. Il y a le contexte du regard et le contexte de l’artiste qui crée l’œuvre. Laissons lui ce contexte.

Regardez cet homme tout en haut de l’escalier on dirait qu’il joue au base ball. Son mouvement est amplifié par la volée de marches et par la voûte de la salle là-haut. Maintenant nous sommes proches et nous découvrons Hercule terrassant l’Hydre. Mon but n’est pas de vous expliquer les œuvres mais de vous aider à les voir. Voici un loup (masque sur tige distribué à tout le monde), c’est un RASEC, une invention déposée ou sorte de laser manuel pour concentrer le regard, hé hé.

Voici l’ « Esclave mourant » de Michel Ange qui est extrait de huit sculptures qui devaient entourer le tombeau de Jules II mais le chantier avait été interrompu. . C’est un homme nu qui se caresse. Si c’est ça la mort c’est très excitant, non ? Regardez le petit singe en marbre brut taillé dans le bloc à ses pieds. Est-ce que l’art singe la vie ? Regardez, l’esclave n’a pas de fesses. Est-ce que vous êtes entrain de déployer ce qui vous manque ? Qu’est-ce que l’inachevé ? Pourquoi ré-établir le triangle artiste/œuvre/spectateur ? C’est le Louvre qui a pris la décision de nous laisser voir l’arrière inachevé de cette œuvre en nous permettant de tourner autour.

« La liberté guidant le peuple » Delacroix 1830
Le haut du tableau tapisse notre mémoire. On ne retient que cette jeune femme forte, le drapeau français et Gavroche. Notre mémoire ne garde que l’idéal , les aspects positifs de la révolution. En bas, par contre, c’est la mort. Cette partie échappe à notre regard. Voyez le mort à gauche qui est quasi nu. Il est obscène. On voit les poils de son sexe.

« La mort de Sardanapal » Delacroix (qui reprend le récit de Byron)
Une maitresse est en train d’être poignardée. De quelle couleur est sa raie des fesses ? Vous avez vu ses énormes fesses ? De face, cette fille est plantureuse et elle amplit le tableau. Sardanapal a le regard dans le vide. Déplaçons nous de cinq mètres sur la droite et voyez la déformation qui se produit : son corps et ses fesses sont devenues  parfaites. Déplaçons nous à cinq mètres sur la gauche, le lit se casse la gueule et dans cinq minutes Sardanapal va glisser jusque dans les bras de sa belle maîtresse. Il s’agissait d’un massacre mais nous assistons à une torride scène de désir.

«  Le radeau de la méduse » Géricault
Le bitume dans les ombres attaque la toile. Géricault a fait descendre le tableau pour que le spectateur éprouve le sort des naufragés. De face, tous ces corps nous accablent. (Moi : Le cadrage fait que l’on est presque avec eux sur le radeau). Tout est statique, plombé, ils ne s’en sortiront pas. Plaçons nous à 7 mètres sur la gauche et voyez l’écume qui bouillonne dans le coin gauche et le radeau qui avance maintenant vers le petit navire au loin, ils vont être sauvés !


« La femme adultère » Lotto
Elle est en vert, c’est la couleur des fous (et du diable). Regardez les têtes hideuses des hommes qui l’entourent, si Jésus n’est pas là elle finit en steack ! Si vous petit-déjeunez devant cette toile vous avez toutes les chances de vomir ! (Moi : le soldat caché sur la gauche brandit dans son poing un manche en bois tout en dévoilant les fesses de la femme!)

Exposition Picasso/Delacroix
Voilà une idée généreuse où l’on comprend le lien entre « Les femmes d’Alger » de Delacroix et les recherches de Picasso. En comparaison, l’expo du Grand Palais « Picasso et ses maitres » était une idée mercantile, un grand foutoir incompréhensible, une vraie overdose.

« Roger délivrant angélique » Ingres
Personne ne voit se tableau car tout le monde fonce pour aller voir « l’odalisque » derrière le mur. Roger fait stagiaire vendeur chez Darty. Il est monté sur un hippogriffe (cheval + aigle). Angélique est éclairée par la lune. Non ce n’est pas un goitre, ce génie du dessin sait peindre une gorge mais il l’exagère pour l’offrir.

"L'odalisque" Ingres est donc au dos de ce mur. Une flèche de tissu bleu indique ce pied droit désirable. Prenons douze mètres de recul, on comprend alors le lien entre les courbes de la femme et les courbes du rideau. Moi : Je vois un singe dans le plumeau qui est devant ses fesses. B : j’y vois un hibou. I : les deux yeux des plumes de paon disent regardez, ici c’est la partie intéressante; sur le dessus de la cuisse sa main tient le manche du plumeau dressé et son regard me dit "c’est ça que je désire"


« L’enlèvement de psyché » Prudhon

De loin Elle paraît très légère. De près elle est beaucoup plus pesante. A quinze mètres sur la gauche ce tableau paraît abstrait, Psyché n’est plus qu’un éclair blanc sur fond noir. On dirait qu’elle va dire au jeune Amour « dis t’as pas un grand frère ? »

« Les Sabines arrêtant le combat » David
C’est le père se battant contre le mari (Moi : le père a un grand fourreau entre les jambes et le mari rien !). Hercinie les sépare. Cinq femmes font de la techtonique avec leurs bras (regardez comment elles se détachent quand vous mettez le masque !). Observez tous les échos graphiques, tous les liens entre les bras, les jambes et les membres des chevaux. En bas à droite, il y a même un pied en trop. David s’amuse.

La vierge et l’enfant Barnaba da Modena Icône (13ème siècle)
B :Tous ces courbes dorées sur fond bleu on dirait un maillage numérique. Il ne faut pas hésiter à prendre de la liberté par rapport au contexte de production des œuvres.
Moi : Un cartographe dirait que ce sont comme des courbes de niveau, mais est-ce que ça l’aiderait à comprendre ce qu’il voit ?
M : vous, Bruno, vous aimez la peinture moderne !
B : J’essaie de vous rendre moderne Madi. L’art fait peur. On se rassure avec un éclair au chocolat, pas avec l’art.
Moi : Peut on laisser tomber les courbes de niveau et le maillage numérique pour voir, c’est à dire peut-on s’affranchir de toutes nos connaissances pour enfin voir l’œuvre, ici et maintenant ?
B : il n’est pas possible de voir sans connaissances, sans ce que je sais, sans ce que je suis.

« La bataille de San Romano » Paolo Ucello début XVème
Pour 1/4 une forêt de jambes de chevaux
Pour 1/4 des postérieurs de chevaux avec des médailles dorées
Pour 1/4 des armures de soldats
Pour 1/4 une forêt de lances
Regardez la décomposition du mouvement des chevaux de droite à gauche. Le « grand nu descendant l’escalier » de Duchamp fut inspiré par le mouvement des lances dans la partie gauche de la bataille. Une grande œuvre dépasse toujours son sujet.

« La vierge et l’enfant en majesté » Cimabue
Grande icône figée. Les ailes forment des coques en vieux régimes de bananes. Les dégradés de couleur dans les plumes (Moi : on dirait de la sérigraphie japonaise contemporaine) créent des pleins et des vides et cette peinture plate sans perspective (inconnue à l’époque) est en fait pleine de relief. Les nez ont le numéro de série B17, regardez ce sont tous les mêmes ! Pareil pour les yeux et les bouches ! Observez les plis de la robe de jésus qui sont exactement les mêmes que ceux de la vierge. (Moi : le cubisme à facettes et l’abstraction sont présents dans cette robe bleue)

Fin de la visite

Mon avis : J'ai trouvé cette visite intéressante, drôle, théâtrale et iconoclaste. Cependant pour moi qui me pose la question de VOIR Sans SAVOIR, j'ai trouvé la visite trop rapide et trop riche d'une part; d'autre part, Bruno ne me laissait pas voir puisqu'il me montrait COMMENT voir, et voyait finalement à ma place. Dans cette configuration particulière de visite, il n'y a pas eu mutualisation des regards et le groupe s'est séparé à la fin sans qu'une expérience collective neuve ait pu surgir.

Bruno de Baecque me répond :

     Ivan, je me disais bien aussi, toutes ces notes ! J’aime bien le ton de tes notes.
Quant à ta critique finale : je te montre comment regarder et ne te laisse pas assez regarder... Putain t’y vas fort (rire)
Mais je trouve ta critique apparement sévère mais surtout et c’est ce qui l’atténue beaucoup, intellectuellement malhonnête, car tu oublies juste une chose, c’est qu’en prenant toutes tes notes, tu t’es rajouté un rôle qui parasite ton regard... J’espère que tu en conviens, car ça me paraît évident, le vrai regard libre, que j’essaie de proposer dans mes visites, il est d’autant plus libre pendant la visite, que tu te laisses aller – prendre des notes n’est pas se laisser aller, vu en plus la quantité que tu en as prises -  et encore plus libre si tu reviens plus tard, peinard et que tu pioches dans mes propositions et dans les tiennes... Donc la liberté de regard demande d’y consacrer du temps, ce dont tu es convaincu en tant qu’artiste, n’est-ce pas ?
     Tu n’as d’ailleurs pas relevé – mais c’était à la fin et tu devais commencer à en avoir marre de tout noter - la conversation passionnante entre toi, Jean Louis, le savoyard en pull jacard et moi, devant Ucello à propos de l’explication du fait qu’il serait sans doute gaucher... On n’en sait rien mais ce qui m’a interresé c’est le besoin de  Jean Louis de maitriser un élément, et sur ce point nous étions d’accord toi et moi, sur le fait qu’on ne maitrise rien, en tout cas pas ça...
    Quand tu parles de Voir et de Savoir, j’ai l’impression à parcourir ton blog que tu cultives sacrément le Savoir, donc ma proposition de Voir, arrive sur un terrain qui est loin, très loin, d’être vierge, si tant est qu’il puisse l’être pour quelqu’un... Mais quand même !
    Enfin cette histoire de communion de regards dans la visite, elle y est parfois, peut-être que là elle y étais moins...  Ce qui est certain, c’est que le rdv qui m’attendait après – et qui c’est bien passé, même si la route est longue... - me prennait la tête et m’empêchait de déborder sur le temps de visite, qui a quand même durer 1 h 45, ce qui est long.
     Le dernier élément qui a une importance énorme, c’est qu’à midi, il y a beaucoup plus de monde que le soir et ça, ça ralentit, ça alourdit, ça fatigue, bref ça parasite... C’est la limite que je vois à cette aventure du midi, qui visiblement tente les gens... Donc je vais sans doute enlever des œuvres pour augmenter le temps des regards... Merci de m’avoir mis le doigt dessus.

Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire
Lundi 2 février 2009

J'aurais dû organiser une visite de l'expo "Picasso et ses maitres" avec Alexis Monville et http://unjouruneoeuvre.eu, c'était la grande expo bordélique idéale pour ouvrir notre regard ! Quelle joie de voir des Greco, des Zurbaran, des Ingres et des Rembrandt aussi forts ! Et puis Il y avait éclaboussant les murs gris, l'éblouissante liberté de Picasso, mais aussi beaucoup de croûtes du maître qui n'était pas toujours regardant sur sa production.

Visite le même jour du "Cabinet d'amateur"
www.lecabinetdamateur.com  , le bel espace de Patrick Chaurin  qui accueillait "Le Coltin Grafik n°1" et les dessins originaux de ses artistes  contributeurs (Paella, Taillandier, Pouppeville, Gette, Placid, Sigg...) . Ca ne s'invente pas : La chef de gare, de la Gare de Lyon, a apprécié en connaisseuse mon Minotaure, skarigravé sur une photo du quai de la gare de Bayonne !!!
Par Ivan Sigg
Ecrire un commentaire

Catégories

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recommander ce blog

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés