philosophie

Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 09:44
Qu’est-ce que VOIR ?

    Est-il possible de VOIR, et cela non avec une seule partie de notre être, visuelle, intellectuelle ou émotionnelle ? Est-il possible d’observer totalement (soi, l’autre, l' œuvre d’art, le paysage...) sans qu’il y ait aucune déformation ?
    Qu’est-ce que VOIR ? Sommes nous capables de nous regarder, de saisir les faits fondamentaux, la base même de nous-mêmes — laquelle est faite d’avidité, d’envie, d’anxiété, de peur, d’hypocrisie, tromperie et ambition— sommes nous capables simplement d’observer tout cela sans qu’intervienne aucune déformation ?
    Pouvons-nous apprendre ce que c’est que regarder (soi, l’autre, l’œuvre d’art, le paysage…) ? Apprendre est un mouvement constant, un renouveau de chaque instant. Il ne s’agit pas d’avoir appris « quelque chose » et de contempler (soi, l’autre, l’œuvre d’art, le paysage…) à partir de cette science acquise. En écoutant les paroles prononcées et en nous observant nous-mêmes, nous apprenons quelque chose, nous ressentons quelque chose ; et c’est à partir de ce que nous avons appris ou ressenti que nous regardons. Nous regardons, en nous appuyant sur la mémoire de ce que nous avons appris, de ce que nous avons ressenti, de ce que nous avons expérimenté. Et par conséquent nous ne regardons pas vraiment, nous n’apprenons pas vraiment.
    Apprendre sous-entend que l’esprit se renouvelle. Il apprend dans un renouveau constant. Ceci étant compris, nous ne portons plus aucun intérêt à la culture de la mémoire, car il s’agit plutôt d’observer et de voir à chaque instant ce qui se passe dans l’immédiat. Il s’agit, chaque fois, de regarder (soi, l’autre, l’œuvre d’art, le paysage…) comme si c’était la première fois. Regarder, observer « ce qui est » en s’appuyant sur la mémoire signifie que celle-ci dicte ou façonne ou oriente votre observation, laquelle est par conséquent déjà faussée.
    Découvrons ce que c’est que d’observer. Le savant peut regarder quelque chose avec un microscope et observer de près. Il y a un objet extérieur et il le regarde sans aucun préjugé, avec cependant une certaine science qui est nécessaire pour regarder. Mais nous, en cet instant, nous proposons de regarder toute la structure (du moi, de l’œuvre), le mouvement de la vie dans son entier, et, dans son entier, toute cette entité qui est « moi-même ». Tout cela doit être vu non pas intellectuellement, ni émotionnellement, ni à partir d’une conclusion préconçue sur le bien et le mal, avec l’arrière-pensée « ceci ne doit pas être », « ceci devrait être ». Donc, avant de commencer à regarder d’une façon pénétrante (soi, l’autre, l’œuvre d’art, le paysage…), il nous faut avoir pris conscience de ce processus d’évaluation, de comparaison,  de jugement, d’affirmation qui se poursuit sans cesse en nous et qui est un obstacle à toute observation juste.

Pour VOIR l’être tout entier doit être complètement éveillé.
L’intelligence, c’est cette qualité de lucidité sensible capable de prendre conscience de « ce qui est ». Un esprit endormi, émoussé ou vaniteux, quand il observe quelque chose d’extraordinairement vivant, réduit l’objet de son observation à son propre état.

texte du philosophe Jiddu Krishnamurti de 1969 (amendé par Ivan Sigg 09)

Commentaire d'Eric Meyer :
Au delà même du regard porté sur une oeuvre d'art, je pense en effet que c'est là l'approche du monde et des autres que nous devrions avoir, à savoir un regard neuf et libre à chaque instant. Ce n'est pas toujours facile tant nos prisons sont nombreuses. Alors comme le dit très bien Jiddu Krishnamurti dans le texte que tu proposes ici, il nous faut prendre conscience (essayons en tous cas) de tout cela afin de voir (et de vivre) totalement. Merci de me (nous) le rappeler!!

Commentaire d'Ariel Martin :
 Un texte très intéressant! Mais je pense que c'est très difficile (sinon presque impossible) d'abandonner tout jugement quand on regarde la réalité qui nous entoure, tellement les préjugés se sont installés sur nos cerveaux de plus jeune âge. On a appris à regarder, l'école primaire sert à ça aussi (malgré ce qu'on pourrait penser), et cette éducation conditionne la manière dont on décode les images.
Cependant, j'invite tout le monde à porter un regard critique sur tout ce qu'on voit (spécialement les images que nous donnent les médias!) et même d'être critiques sur nôtre regard. Il s'agit d'un processus continu d'interprétation, fatigant, certes, mais je que j'utilise constamment. Salutations Africaines!

Ivan :
Merci Ariel pour ton commentaire.
Oui c'est difficile de voir
cela demande une immobilité de l'esprit
un grand silence intérieur prêt à accueillir ce qui surgit
beaucoup d'énergie
une attention pénétrante
une grande lucidité
mais c'est possible, là, maintenant, tout de suite
c'est même tout à fait possible !

Ariel Martin : Très bien!
Il me vient à l'esprit tout-à-l'heure, la fois où mes parents sont venus en France. Je les ai amenés au musée d'Orsay, là où j'avais fait une visite guidée avec mon école peu de temps avant. Mais la vision de mes parents était tout-à-fait différente de celle de mon professeur. Ils ne connaissaient rien du contexte historique, culturel ou artistique des ouvrages, mais ils arrivaient à voir des choses d'une manière très directe et sans intermediaires: la tragédie familiale de l'Ugolino de Carpeaux, le sens érotique de certains ouvrages (oh combien négligé para l'éducation academiciste), la force des éclairages nocturnes, la déformation étrange infligée aux femmes dans la sculpture post-Rodin...
Notre vision n'est pas exactement la même (la mienne est plus prôche de celle de mon père que de celle de ma mère), mais je pense qu'on à appris beacoup de choses ce jour-là...

Commentaire d'Habib :
Merci Ivan, ton blog est un havre de paix et d'ouverture sur le monde. Je viens de passer une heure à surfer sur les sites d'information, en parcourant ça et là des articles et commentaires sur l'identité nationale, l'islam, l'être Français. Je me sens étranger (encore) à tout cela....je n'ai même plus la nausée habituelle, je lis, je vois, j'observe et j'ai des envies d'ailleurs.


Par Ivan Sigg
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 08:35
    J'ai achevé la lecture de l'essai de François Roustang "Le secret de Socrate pour changer la vie". Très beau travail de découverte du "vrai" Socrate à travers l'analyse des pensées qui lui ont été attribuées. Lecture passionnante qui confirme les très nombreux échos de cette pensée libre que j'avais trouvés chez le philosophe Jiddu Krishnamurti (1895-1986).
    Lecture qui éclaire et s'accorde également avec ce qui surgit chaque fois que ma  "pensée décalée" entre en dialogue avec ma femme, avec mon ami Habib, avec Charles-Henri et Denis mes deux amis éditeurs de presse, avec mon ami éditeur Daniel, avec des artistes comme Eric, des psychanalystes, des psychothérapeutes médiateurs de formations, avec un professeur de lettre partisan de la pensée rationaliste, avec deux médecins franc-maçons, avec Marc un voisin bouddhiste ...
    Un gros bémol dans ce livre : les passages lumineux sont à dégager d'une gangue d'analyses trop détaillées - décryptage incontournable sans doute - mais trop touffues pour le lecteur lambda. J'avoue avoir dévalé de nombreuses pages en diagonale. Accrochez-vous, ça vaut le coup !

Les extraits qui m'ont éclairé :

-"Socrate interroge sans relâche en vue d'obtenir la reddition de l'interlocuteur et de le faire goûter au non-savoir"
- "Le dialogue aporétique, c'est à dire qui n'aboutit à aucune conclusion, est une marque reconnue de la manière de Socrate"
-"Socrate allait répétant qu'il ne savait rien"
- "Les paroles de Socrate atteignent les auditeurs et bousculent leur position dans l'existence"
- "Sans les chants et sans la danse, mais avec les seules paroles, Socrate fait de ses interlocuteurs des possédés. Ils semblent perdre la maîtrise d'eux-mêmes (de leur moi diait JK ?), mais, et c'est là l'une des originalités de l'entreprise, c'est pour mieux les situer dans leur existence et pour mieux les faire entrer en correspondance avec leur entourage sans avoir à le décider"
- "Le dialogue est mené tambour battant pour que le dialogué n'ait pas la possibilité de réfléchir et par là de se reprendre. Il faut qu'il perde pied " (pour qu'il soit dans l'action de la perception et non dans la ré-action de la pensée dirait JK ?)
- "Le but du dialogue est donc non pas la recherche de la vérité, mais l'expérience du non-savoir. Ne pas penser pour pouvoir agir en pensant. Il s'agit d'obtenir un désancrage des habitudes de penser et d'agir" (Se libérer du connu dirait JK )
- "On n'a pas à se maîtriser si l'on est accordé à ce qui arrive à l'intérieur et à l'extérieur" (aucun but, aucune volonté, aucun choix, si l'on est totalement attentif dirait JK ?)
- "L'artisan pense ce qu'il fait et fait ce qu'il pense; sa pensée est introduite dans ce qu'il fait et dans la manière de le faire"
- "C'est le non-savoir qui introduit l'être humain à ce qu'il est " (quand je m'affranchis du savoir, par l'attention totale, alors surgit la réalité , dirait JK ? )
- "Même si les composants du passé entrent en jeu, puisqu'ils entrent dans un système de relation nouveau, ils sont eux-mêmes nouveaux à chaque instant"
- "Socrate propose une voie inintelligible pour des gens raisonnables"
- " L'interrogation permanente, les doutes, la revendication d'ignorance, le suspens qui termine les discussions donnent à cette pensée une allure inquiétante. Tout cela n'est guère compatible avec le sérieux d'une philosophie qui fonde et qui affirme"
- "Le fait de de ne pas avoir de réponse à la question posée fonde une liberté pratique"
- "Manière socratique constante de ne pas séparer l'universel du sensible"
- " Tant que l'on est à la recherche des moyens et de la meilleure façon de les mettre en oeuvre, on est à distance et on accentue même cette distance. On reste enfermé dans un cercle vicieux, incapable de s'en extraire. Tous les efforts que l'on fait nous y confinent un peu plus, car ils soulignent notre éloignement" (ne pas être dans la volonté, la méthode ou la discipline, mais voir ce qui est, dirait JK ?)
- " Ses formules ne sont pas de simples énoncés, ce sont des actes"
- "Socrate est passé de l'autre côté, il s'est installé de l'autre côté, là où un être humain est un être humain et où il n'y a plus rien à choisir"
- "Tout est déjà là, mais recouvert de choses inutiles qui empêchaient de voir et de faire" (il n'y a que ce qui est. Les images et la pensée empêchent de voir, dirait JK ?)
- "Il est impossible d'attribuer à Socrate le fameux "connais-toi toi même" (...) Socrate réfute cette définition de la sagesse (...) Il n'y a pas de savoir de soi-même (...) Il n'y a pas un savoir qui pourrait agir sur lui-même et être à lui-même son objet. Il n'y a pas non plus une sagesse qui surplomberait tous les savoirs et qui en aurait la connaissance, car il n'existe que des savoirs particuliers." (Soit attentif à toi-même, comprend toi toi-même, dirait JK ?)
- "La vertu n'est rien d'autre que le non-savoir" (JK dit : la vertu est un état constamment renouvelé qui ne peut pas être structuré dans le temps. La vertu peut-elle être cultivée ? Si elle le peut, ne devient-elle pas quelque chose de mécanique et par conséquent dépourvu de toute vertu réelle. Seul l'homme vaniteux cultive la vertu )
- "Cette soi-disant profession d'ignorance ("je ne sais pas") n'est que l'expression répétée d'un doute radical, d'une expérience de l'aporie, de l'aporie comme expérience" (le savoir est toujours limité, la vérité est un pays sans chemin, dit JK)
- Socrate dit " Le plus savant est celui qui sait qu'en fin de compte son savoir est nul" (je sais que je ne sais pas dirait JK ? )

- "Cette mort menaçante n'est pas à craindre. Comment pourrait-on, en effet, craindre une chose dont on ne connait pas les effets ou dont on ignore si elle est profitable ou dommageable ? C'est donc encore le non-savoir qui est à l'oeuvre et qui désamorce la crainte de la mort" (Le non-savoir, et l'attention sans jugement ni comparaison, dirait JK ? Et il ajouterais : nous ne pouvons pas avoir peur de l'inconnu, nous avons peur de perdre le connu)
- "S'il n'y a plus de comparaison, plus d'estime ou de mésestime, plus de valeur ni plus de jugement, dans la transe (dans l'attention pénétrante dit JK) surgit la vertu humaine, l'excellence humaine, ou la justice ou ce qui est juste avec la justesse, un joyau auquel il n'est rien besoin d'ajouter" (Si je cesse de me comparer alors j'existe dit JK)
- " l'état de transe (l'attention pénétrante dit JK) transforme tout en acte, intègre tout dans l'acte quotidien. Il n'y a plus de jugement. Il suffit que ce soit" (c'EST,  dit JK)

commentaire posté par Frédéric Delalot :
Je me sens quasiment mû par une force qui me pousse à faire un petit commentaire, suite à la lecture de ton article, Ivan, qui m'a beaucoup touché. On ne peut rien affirmer mais on peut appréhender la Vérité comme vivante. L'univers de la conscience ne peut signifier un champ fermé et de jugement. Définir et se comparer, bien d'accord avec ce que tu écris, cantonne dans le connu et peut-être dans la peur d'aller au-delà du connu. Bonne journée.




Par Ivan Sigg
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 18:29
C'était passionnant d'écouter le psychanalyste et Hypnothérapeute François Roustang, ce mardi 10 novembre à 17h sur France Inter. Pas de blabla, pas un mot de trop, une observation fine et une compréhension pétillante de l'être humain et des processus psychiques.
François Roustang m'avait éclairé sur la notion de "neutre" lors d'un séminaire. Puis "La fin de la plainte" avait été une lecture fondatrice.
Je file acheter "Le secret de Socrate pour changer la vie" (Éditeur Odile Jacob).
Socrate nous pousse à nous connaitre nous même et à faire l'expérience du non-savoir. C'est ce que je pratique tous les jours dans mon atelier ou avec unjouruneoeuvre.eu par exemple.



Par Ivan Sigg
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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /2009 08:14
Vendredi j'étais invité à l'OPEN WORLD FORUM pour assister à la conférence d'Alexis Monville sur "Le facteur humain au coeur de l'industrie du logiciel libre".
Samedi je participais à un séminaire sur la pédagogie et la formation au Centre Professionnel et de Pédagogie Appliquée (CPPA, Vitry, Conseil Général du Val de Marne)
Dimanche la France référendumisait pour garder une Poste publique et des facteurs humains :)

Vendredi, Avenue georges V, à l'Eurosite c'était petits fours, costards cravates et Power Point à gogo. Il y avait des gens généreux, des passeurs (comme Alexis Monville et quelques autres) mais il y avait aussi des brochettes de Nerds et de Geeks parlant en langage anglocodé, bardés de "slides" et de suffisance. Le meilleur exemple était ce gars de Danone qui avait déjà tout compris à 29 ans et qui nous expliquait sans rire comment avec son patron Riboux il sauvait le Bengladesh à coup de yaourts. C'était à rire et à pleurer. Quand on sait comment Danone se démène pour introduire des laitages et des sucres au Japon, créant à terme des cancers que ce pays ne connaissait pas...
La recette est simple : 1) Bousillez la planète et les hommes en créant des besoins, en poussant à la consommation, en générant de la compétition et de la souffrance, et en accumulant toujours plus de bénéfices. 2) Dénoncez hypocritement tout ce qui bousille les hommes et la planète. 3) Créez enfin une fondation qui va donner des abris et des yaourts (ou des ordinateurs comme Gates) aux plus atteints parmis ceux que vous avez bousillés. Ainsi, d'une pierre deux coups, vous vous déculpabilisez et offrez une façade propre à votre ambition et à votre désir de pouvoir.
On était très loin de la belle idée arborescente, coopérante et responsable, du logiciel libre...

Samedi au milieu de trente psychologues, médecin de PMI, philosophe, assistante sociale, formateurs d'assistantes maternelles, psycho-sociologue... j'ai essayé de parler de l'attention au monde et de la connaissance de soi. Le débat, riche et passionnant, a beaucoup tourné autour du "dosage" entre la théorie et la pratique puis de l'engagement. J'ai mis volontairement les pieds dans le plat de ces formateurs dévoués à leur métier et en proie à de grosses difficultés avec les institutions, en faisant le constat que "l'engagement est, le plus souvent, le contraire d'une préoccupation éthique" et pouvant même être nocif à la pédagogie car résultant d'une projection d'idéaux illusoirs sur la réalité. J'ai également dit que lorsque j'intervenais dans une formation, je ne formais pas mais que je dé-formais, dans le sens où mon rôle de pédagogue consistait à mettre en retrait mon ego et à offrir ma liberté pour éveiller les consciences et non à les faire rentrer dans une forme. Il manquait hélas un médiateur extérieur (un psychanalyste rôdé aux groupes type Balint ?) qui aurait pu nous renvoyer en miroir, comment la parole était prise, circulait ou stagnait, et nous montrer comment certains sujets techniques rassuraient et comment d'autres passaient systématiquement à la trappe (la sexualité, la connaissance de soi...). Certains ont trouvé mes "propos dangereux", d'autres les ont trouvés "naïfs" ("comment peut on mettre son ego de côté?"), mais certains sont venus me remercier en apparté.

Dimanche 2 millions de français décidaient que la poste devait rester un service public.

commentaire de "jerem" :
Tous des cons sauf Sigg ! Bonjour le gros ego ! Heureusement que les geeks sont là et pas que les barbouilleurs à la grosse tête !
Par Ivan Sigg
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Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /2009 08:51
Walter Peretti est à la fois la perle et la crème des maîtres de Qi Gong (hi hi je n'en connais qu'un ;) ... formidable gymnastique chinoise qui permet de retrouver une attitude intègre, une fluidité globale du corps, bref, de se défragmenter.
Bonheur de faire
à ses côtés des vols de Grue blanche, des dos de tortue ou des rugissements de tigre. Allez voir son site pour tous ses autres cours et stages :
http://www.baiyuan.fr
Par Ivan Sigg
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Dimanche 30 août 2009 7 30 /08 /2009 19:11
Voici la suite de la discussion autour du livre de Bernard Sigg "Croire n'est pas penser". Lire les articles "Croire n'est pas penser" de Bernard Sigg, éditions Golias    et Contribution de l'écrivain Marc Bernadac à la discussion sur l'article "Croire n'est pas penser"

Bernard Sigg :
Tu es le premier à produire un texte sur mon livre, je t’en remercie. Je constate l’éloignement de nos modes de pensée. Pour te répondre, j’essaierai d’être nuancé, bref et clair (conjonction quasi impossible). Tu te réfères avant tout dans ton commentaire au Moi (un leurre pour Lacan et moi !) et à l’Etre. Or il s’agit là de notions vagues — pas de concepts — non universelles ; ainsi la pensée chinoise s’en est passé comme l’a bien exposé François Jullien. Elles impliquent en effet une clôture bornée à l’individu posé comme isolat. Rien n’Est en soi, car tout est rapports, relations, connexions. Et tout particulièrement le Sujet humain : « je suis » écrivait Descartes, mais seulement parce qu’on me nomme, qu’on me parle, qu’on m’attribue ceci et cela, et de plus je « suis », au sens de suivre.

    Heidegger, eh ! oui, a glorifié l’Etre, et l’idéologie contemporaine en fait le Dieu des joggers, nouveaux philosophes, etc. C’est la bulle irisée qui expose le narcissisme contemporain, sur quoi Emmanuel Todd a commis des lignes très justes dans son « Après la démocratie », livre fort riche qui pourrait t’intéresser.
    Enfin « Être » — verbe plus que substantif — est passif, bien qu’impliquant fatalement le Devenir, et donc l’espérance réfléchie, et donc la Pensée = retour à mon livre !
    Je ne suis pas philosophe. Loin de là. Mais je m’efforce de penser plus rigoureusement, avec des termes cadrant avec les expériences de ma vie, en leur donnant un sens précis. Y ai-je réussi dans ce petit livre ? Seuls les lecteurs peuvent répondre. 

Ivan Sigg : Je ne tiens pas au Moi. C’est un mot fourre-tout pour désigner mon conditionnement (mon éducation, ma culture, des traditions millénaires, ma mémoire profonde et superficielle…), mon ego, bref c’est mon arrière-plan, rien d’un isolat donc.
Je ne me réfère jamais à l’Être comme substantif ou entité. Je n’utilise que le verbe d’état Être au présent, sans y introduire la notion de temps, ni le savoir, ni la pensée.
Les individus sont tous fait des mêmes liaisons atomiques et du même vide. Il n’y a pas « ma pensée » mais « la pensée » car nous partageons tous le même processus de pensée qui (à quelques détails près sur 30000 ans) réagit de la même façon au réel et produit toujours peur, désir, souffrance, frustration, colère, haine, plaisir.
Le moi et la pensée sont de l’ordre du connu et donc limités. C’est pour cela que je constate qu’il n’y a que par une perception sans but, dans laquelle n’intervient pas la pensée, que je m’affranchis du Moi et peux entrer en contact avec le monde (avec l’autre) et avec l’inconnu.
« Rien n’Est en soi, car tout est rapports, relations, connexions ». C’est très juste et je fais le même constat. Cependant, la pensée qui mesure compare et juge, produit rapports, relations, connexions, mais toujours au passé, jamais au présent. Cette pensée est nécessaire pour construire un pont mais destructrice pour la relation. La pensée est une ré-action de la mémoire aux stimulis du réel. C’est à cause de cela qu’elle divise et crée du conflit. La pensée me met à distance (elle invente le temps), jamais au contact. Un constat : dans l’arbre, il n’y a pas de pensée, il Est, en mouvement et en relations. L’arbre ou l’oiseau ne sont jamais dans le « moi et vous » ou le « je suis ceci et je serai cela ».
A la différence de Descartes, je dis « je ne pense pas donc je suis ». Je parle ici du champ psychologique et non du champ physique où la pensée rationnelle mesure, compare et construit. Je n’existe que dans la compréhension de l’instant présent. Je nait et meurt à chaque instant. Je est sensitif, perceptif, totalement attentif.
Etre n’est pas Devenir (dans le champ psychologique). Etre est action, mouvement, c’est une attention passive, totale, et intense au monde.
L’espérance est une projection du moi sur la réalité, comme l’idéal, l’opinion ou la croyance. La réflexion est une analyse non globale de la réalité, car issue de mon expérience et de mon savoir qui sont par essence limités. L’espérance réfléchie est une image, une illusion, qui projette sa propre division sur le monde et produit de nouvelles résistances.
Les expériences de ma vie, le sens que je leur donne, n'ont aucun lien avec l’instant présent toujours neuf et en mouvement. Mes expériences (devenues savoir dans ma mémoire) sont des écrans entre Je et le réel. Il est impossible de croître (psychologiquement) par le savoir. Il faut que le savoir cesse pour que le neuf puisse exister. Le neuf, ce qui n’a jamais été, est au-delà des souvenirs.

PS : sur le plan étymologique je ne vois pas de lien entre le verbe Etre (essere, estre, ester, stare) et le verbe Suivre (sequere, sequor, sivre). Être c’est ne pas suivre ; être c’est rejeter toute autorité intérieure et extérieure.
Par Ivan Sigg
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 23:54
"Soit je suis libre.
Soit je ne le suis pas.

La liberté n'est pas un objet de quête. Elle ne se cultive pas. Elle nait spontanément du rejet de ce qui est contraire à sa nature. La liberté n'est pas une réaction. La réaction à "ce qui est" n'est autre que la continuation de " ce qui est", sous une forme différente.

Ce que nous recherchons tous, ce n'est pas la liberté, mais la sécurité absolue dans tous les aspects de notre existence. Nous nous révoltons contre l'autorité, mais notre rébellion est en fait l'expression d'un besoin urgent d'identité et d'action.

La liberté n'est autre que le déni total de la structure des idées ainsi que de l'action basée sur ces idées. Elle n'est pas l'expression d'un débordement d'égoïsme individuel.

La liberté n'est pas un idéal.
La liberté exclue toute notion d'orientation ou d'autorité.

L'attention et la responsabilité constituent l'essence même de la liberté.

          Extraits de "Apprendre est l'essence de la vie" de Jiddu Krishnamurti, philosophe indien 1895-1986
Par Ivan Sigg
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Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /2009 00:24
Contribution de l'écrivain Marc Bernadac à la discussion sur l'article "Croire n'est pas penser"

Quand je rencontre cette série de mots: "Croyance, Croire, Crédulité, Foi, Penser, Idéal, Idéologie, Espoir", avant même que de poursuivre la lecture de ton texte, une soudaine réaction instantanée et incontrôlée aux mots se produit. Sitôt lus, sans y réfléchir une seconde, et sans même que je tente de le faire, s'instaure un ping-pong inopiné. Est-ce l'effet hypnotique de l'énumération, rebond spontané ? Chaque mot en engendre un ou deux autres que je n'ai pas choisis mais qui crèvent à la surface.

Croyance = Ragot, tromperie
Croire = Confiance, erreur parfois
Crédulité = Sottise
Foi = De veau, dévot
Penser = A un être cher, indispensable
Idéal = Carotte pendue au bout d’un bâton
Idéologie = Carotte moisie
Espoir = Optimisme du pauvre

Une fois mes esprits repris, réfléchir au pourquoi de chacun d’eux, à leur sens caché ? Inutile.
Réfléchir : renvoyer par réflexion… ces quelques lignes irréfléchies.
Par Ivan Sigg
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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /2009 18:16
Je discute ici à partir du récent essai du psychanalyste B.W.Sigg "Croire n'est pas penser" (éditions Golias), des observations du philosophe Jiddu Krishnamurti sur le sujet, et de ma propre compréhension  du croire.
Apporterez-vous votre contribution à ces réflexions ?


PENSER ? ESPÉRER ? CROIRE ?                         


    Croyance, croire, crédulité, foi, penser, idéal, idéologie, espoir… sont des mots et des vecteurs d’images. Le mot ou l’image ne sont pas le fait. Le mot « arbre » n’est pas l’arbre. Les mots et les images sont des productions de la pensée. La pensée s’interpose comme un filtre entre notre perception et la réalité. La réalité n’est pas un roc, mais un mouvement, elle est toujours neuve, inconnue. La pensée, elle, est toujours vieille, elle agit toujours dans le champ du savoir, du connu. Le mot, l’image, la pensée, impliquent toujours le passé.
Puis-je être totalement attentif au monde sans image, sans formule, sans idée, sans idéal, sans espoir, sans principe, sans théorie ?

    Croyance, croire, crédulité, foi, penser, idéal, idéologie, espoir, sont des modes de rapport au monde. Qui les instaure ? C’est mon MOI, mon conditionnement, par le biais de ma pensée qui mesure, compare, analyse. La pensée n’est jamais dans le champ de l’action (du présent) elle est toujours dans le champ de la ré-action (du temps, du passé).

    L’observateur qui observe la croyance, l’espoir ou la pensée, cet observateur n’est autre que la croyance, l’espoir, c’est-à-dire la pensée elle-même. L’observateur EST le temps, EST le passé, EST le savoir accumulé. Cet observateur regarde la chose observée comme s’il ne lui appartenait pas, comme s’il en était séparé. Si je ne vois pas ou si j’entretiens cette séparation, je maintiens de la contradiction, de la division, du conflit. Dès l’instant où je compare Croire et penser, croyance et idéal, foi et espérance, s’installe le conflit, l’envie de trancher, le désir de convaincre, la volonté de changer l’autre, et le conflit est perte d’énergie, résistance, refoulement, haine, violence.

    Puis-je me débarrasser de la crédulité et de la croyance en démontrant qu’être Marxiste et Freudien vaut mieux qu’être crédule ou croyant ?
Le fait est que le MOI est la croyance. L’action qui se produit quand je me crois différent de la crédulité aboutit à ne jamais y mettre fin. Ce que je crois être une vérité n’en est jamais une car la vérité, comme la réalité, est toujours neuve, toujours en mouvement.
    L’observateur et la chose observée sont la même chose. Le penseur et la chose pensée sont une seule et même chose. Le penseur est celui qui sait, qui démontre, qui lutte, qui dit « Je ne suis pas crédule et vous êtes crédules », « Je sais et vous ne savez pas », « Penser est évolution et invention, croire est archaïsme et régression». Que se passe-t-il si je comprends que la pensée est limitée et que « je ne sais pas » ? Cet état de non-savoir (psychologique) n’est-ce pas le début de la compréhension ?
Le contenu de ma conscience, c’est ma souffrance, ma douleur, mes luttes, mes tristesses, les images réunies pendant ma vie, mes dieux, mes blessures, mes frustrations, mes plaisirs, mes peurs, mes tourments, mes haines. Et ma conscience est limitée à son contenu. Comment alors puis-je m’en affranchir pour entrer véritablement en contact avec le monde, ici et maintenant, sans division et sans conflit ? Le penseur, l’observateur peut-il s’effacer pour laisser surgir la réalité ?

    Le corbeau est-il croyant ? Le chêne est-il crédule ? Quelle est la foi de la baleine ? La montagne croit-elle en une théorie ? La mer a-t-elle un idéal ? Le photon prône-t-il une idéologie ? Non, ils rayonnent indifféremment, sans mobiles, sans créer de divisions, de contradictions ou de conflits. En quoi suis-je différent d’eux ? Et pourquoi m’éclairent-ils quand je les observent attentivement ?

    Pour construire un pont ou une fusée, apprendre une langue ou soigner, je dois accumuler des connaissances, acquérir un savoir technique, mais d’autres (ou l’ordinateur) peuvent le faire aussi bien que moi sinon mieux. Par contre, personne ne peut observer et comprendre mon rapport aux autres à ma place car pour construire une vraie relation il n’est pas de mémoire ou de savoir qui tiennent. Alors faisons comme si nous ne savions rien. Affranchissons nous de toute autorité extérieure : Ni croyance, ni dieu, ni maître, ni Freud, ni Marx, ni parti ; et affranchissons de toute autorité intérieure, c’est-à-dire de notre conditionnement, de notre Moi,.  Que devient alors le processus de pensée ?
    La pensée est une réaction de la mémoire (consciente, inconsciente et corporelle) aux stimuli du réel. Elle est ancrée dans le passé, dans le connu et donc limitée. Elle n’est donc jamais libre. La pensée ne peut jamais entrer en contact avec l’inconnu. Constamment, elle se réfère à un objet : Croyance en notre expérience, croyance dans notre savoir, croyance dans notre chance et dans notre intuition, croyance en un idéal, croyance dans les idées, croyance dans la culture et dans l’histoire, croyance dans l’avenir, culte des penseurs, culte de la théorie, culte des valeurs… Oui, penser c’est croire. La pensée est un ensemble de croyances organisées, c’est-à-dire un ensemble d’illusions et d’images que notre cerveau projette sur la réalité pour nous sécuriser, pour ne pas être terrifié par notre vide intérieur et par le vide sidéral, par la mort, par la nouveauté permanente du présent.

    Le problème c’est la pensée qui s’est séparée d’elle-même sous forme de penseur. Le penseur dit « penser est indépendance de jugement et goût de l’effort, croire est dépendance, paresse et passivité», « penser est une protection, croire est un piège », « l’individu pense, la foule croit », « l’espoir est constructif et la croyance destructrice ». Le conflit n’existe que parce qu’il y a division entre MOI et non-MOI. Et nous nous sommes habitués aux divisions, aux contradictions et aux conflits depuis des millénaires au point de croire qu’il nous étaient vitaux quand bien même nous constatons chaque jour qu’ils nous détruisent.
    La pensée nourrit le plaisir et la peur. Peur du présent, peur du vide intérieur et extérieur, peur de l’avenir, peur de la mort, peur de perdre le connu, peur de l’inconnu, peur de la différence, peur de ne pas se réaliser, peur de ne pas être aimé, peur d’aimer. C’est la pensée qui, pour étancher ces peurs, invente  la croyance, l’idéal, et l’espoir .

Alors que faire ?
    Etre intensément et totalement attentif à ce qui EST, avec honnêteté et humilité, sans volonté, sans comparaison, ni jugement, ni identification, ni acceptation, ni rejet.
Si je suis en colère, il n’y a pas un JE différent de la colère. Le fait est que mon MOI est la colère. La colère cesse instantanément quand je vois cela. Voir cela ne peut être le résultat que d’un esprit silencieux, immobile et à l’écoute. Etre sensitif, attentif, perceptif, c’est s’ouvrir à tous les possibles, c’est s’affranchir du MOI et donc… de la pensée.
    Je ne suis vraiment moi, c’est-à-dire sans croyance, sans espérance, sans opinion, sans idéal, qu’hors de mon conditionnement, entièrement dans l’instant présent. Je ne suis vraiment moi que dans l’ETRE et non dans le DEVENIR. C’est par cette attention totale sans centre et sans but (sans attache et sans volonté), quand la liberté n’est plus la fin mais le moyen, que peut se produire une révolution intérieure.
Et alors le monde change.

Par Ivan Sigg
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /2009 22:25
L'ignorance n'est pas un manque de savoir ou de connaissances, c'est un manque de compréhension,  le manque de compréhension de soi-même.

Le plus souvent nous attribuons les conflits à l'autre, à l'environnement, à la société; mais la société c'est moi, c'est mon rapport aux autres, et c'est moi qui ai construit cette société. Donc, à moins que mon MOI ne soit totalement transformé, je contribue aux conflits. Et transformer le MOI, commence par voir la totalité de mon conditionnement.
                                                                                   en discutant avec JK
Par Ivan Sigg
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