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Carole Gautier et Eugénie Favre m'ont autorisé à publier sur mon blog, l'échange ci-dessous. Il fait suite aux critiques du n°6 de Deliciouspaper que j'avais récemment publié ici-même. Nous avons, moi et elles, essayé de nous expliquer...

Chère Carole et chère Eugénie,

les quelques mails de félicitations que j'ai pu vous envoyer directement ou en copie de Deliciouspaper depuis avril 2009 (mes UNES détournées étaient des hommages à votre travail) ne vous ont, semble-t-il, pas convaincues de tout l'intérêt que je porte à votre travail. Il n'est jamais bon de se faire une idée des gens à distance, c'est vrai pour moi comme pour vous.
Le contact direct me semble beaucoup plus judicieux et je vous invite donc, avec plaisir, à mon atelier, la prochaine fois que vous serez de passage à Paris.
Je suis entier, direct, attentif, responsable et je n'essaie de parler que de ce que je vois et de ce qui est.
Si ce constat provoque en moi un nouvel éclairage, de l'étonnement, une jubilation et une compréhension nouvelle, alors je le dis et le partage avec tous ceux qui peuvent l'entendre. Je n'ai donc cessé de parler autour de moi de cet ovni éditorial qu'est DP, depuis que mon ami Habib m'en avait mentionné l'existence.
Mon constat sur le numéro 6 de DP, que vous avez pu lire sur mon blog est l'exemple même de l'intérêt que je porte à DP. Pour moi qui ai été formé à la déconstruction des images par Daniel Arasse en fac d'histoire de l'art; à la sémiologie et au graphisme socio-culturel à l'ENSAD par François Miehe l'un des fondateurs de GRAPUS; et enfin qui ai travaillé dans la friction du sens et de la forme à GRAPUS avec Gérard Paris-Clavel et Pierre Bernard pendant deux ans, je ne conçois pas d'autre manière de travailler que l'approche globale : le sens, la forme et ma vie ne sont pas fragmentés mais ils font corps. D'où mes remarques aussi bien sur la nouvelle UNE, le nouveau logo, la typo, les pictos, la mise en page, que sur le fond des articles et le sens même du projet DP, dans lequel je m'implique sans attente, et dans lequel j'implique mes amis ( envois de textes, concours de nouvelles, recherche de financement).
Je ne compte plus les rendez-vous d'échanges passionnés avec Denis et Charles-Henri et regrette que vous n'en soyez pas à cause de la distance (je leur ai fait une proposition de "journée de réflexion" dont ils vous parleront...). Je partage toute aventure humaine qui remet en mouvement le quotidien. Mes médiums sont la peinture et l'écriture. N'ayez aucune crainte je ne désire jamais ce que font les autres ou ce qu'ont les autres. Et puisqu'à un moment ou à un autre il faut parler finance (comme me le répète Charles-Henri à chaque fois que nous nous voyons :o), en 2008 j'étais en déficit et en 2007 je touchais le smic, mais je suis heureux de mon cheminement qui, à 49 ans, reste anonyme et peu parisien mais artistiquement bouillonnant.
Encore bravo pour votre créativité, désolé si je vous ai froissées et merci de m'avoir lu,
art-mitiés, Ivan.

PS) pour vous en convaincre encore, regardez le travail de partage de regards que je fais sur : http://wp.unjouruneoeuvre.eu

La réponse des Polkaouistiti :

Bonjour Ivan,
nous avons donc reçu votre mail par l'intermédiaire des garçons.Nous avions bien compris l'intérêt que vous portiez à Deliciouspaper, nous vous en remercions.
Effectivement l'échange par mails n'est pas toujours agréable.
Etant franches et directes également, nous allons donc vous dire ce que nous pensons de tout ça. Ce que nous n'avons pas beaucoup apprécié, c'est la "botte secrète", nous aurions préféré avoir un commentaire dans nos boites respectives (les garçons et nous) en plus de votre mot sur votre blog. Nous avons cette sensation que vous avez fait les questions et les réponses.

Concernant la critique, que vous n'aimiez pas ce nouveau numéro c'est un droit, que vous le critiquiez c'est un droit, ce n'est pas ça qui nous dérange. En fait c'est une chose de dire ce qui ne va pas, nous trouvons beaucoup plus déplaisant de nous dire quoi faire sans que nous puissions avoir droit à la parole. Nous avons lu vos références : François Miehe, Gérard Paris-Clavel, Grapus, Pierre Bernard, Daniel Arasse.  Si vous avez le droit de nous dire comment faire les choses, nous avons également le droit de ne pas écouter ses suggestions que nous pouvons ne pas partager.
Si il y a bien quelque chose que nous poursuivons en faisant ce métier, c'est la liberté.
Au début, nous pensions apprendre de nos pairs et en fait ce sont nos clients qui nous apportent de la richesse car nous apprenons de ce que nous ne connaissons pas.
Pour citer une artiste dont nous apprécions le travail, Marina Abramovic :
"Je n'apprends que de ce que je crains le plus". Et nous craignons toujours ce que nous ne comprenons pas. De réduire un travail qui passe par des convictions fortes que nous
partageons avec les garçons à quelques phrases n'ouvre pas la discussion, vous en conviendrez. Nous aurions préféré une tribune de discussion, nous serions venues volontiers sur votre blog répondre à des questions en direct. Cela nous froisse à ce niveau car nous n'avons pas eu cette possibilité.
Vous savez c'est typiquement humain, cela s'applique à chacun, on glisse facilement sur un espace dédié à ses réflexions vers de l'emporte pièce, avec tout l'affect que cela introduit. Et nous pouvons comprendre les choses sans les aimer, il va de soit.


Vous parlez de l'approche globale de la manière de travailler. Il faut comprendre qu'il y a des milliers de façons de travailler qui sont toutes aussi valables les une que les autres. Vous avez beau été formé à la déconstruction des images, avoir travaillé dans la friction du sens et dela forme, vous n'avez pas compris la page picket fence par exemple. La répétition du titre scande, marque un rythme, comme une litanie rappelant la disposition régulière des piquets. Vous en déduisez que cela ne sert à rien, vous voyez comme tout est subjectif. Alors que vous auriez pu dire je n'ai pas compris cette mise en page, je leur demande. Nous aurions partagé, il n'y a pas de souci. Vous ne  l'auriez peut être pas plus aimé, ce n'est pas grave, vous auriez eu le sens.
Dire que des lettres recouvrant le texte et une barre rose sur "Imbécileseconomics only" dit ne lisez pas ce texte, c'est comme si vous nous disiez que le rouge évoque la passion, point. Rien d'autre. Sémiologie quand tu nous tiens...
Si vous préférez, par de courtes phrases, réduire un travail conséquent sur la forme et le sens n'explique rien, à part le fait que vous n'aimez pas ce style. Encore une fois, c'est un droit mais c'est un autre sujet.
La fragmentation peut être intéressante aussi, tout est question de contexte et de circonstances. Nous ne voulons pas réduire les possibles. De là à dire que le sommaire fragmenté ressemble aux autres journaux, ce ne sont pas les retours que nous avons.

Ce que nous voulons vous dire c'est que nous nous méfions des dogmes. Nous avons eu un enseignement intéressant, parfois nous nous y référons, parfois nous le détournons. Appliquer stricto sensu ce qu'on a appris peut parfois réduire un champ d'action et de pensée.

Comme vous, nous allons décrypter :
Nous vous citons :
"- Le nouveau Ours/édito/sommaire (à pictos) est illisible",  "ce qui donne une terrible quatrième de couv n'ayant plus sont "statut DELICIOUSpaper" qui fait penser aux pires couvertures du "Journal des parents" de la FCPE"
Pensez-vous que cela nous a fait plaisir aux garçons comme à nous de ne plus avoir de sommaire ni de quatrième de couverture ? C'est la dure loi des contraintes financières, sinon DP6 ne sortait pas.
"- Pourquoi les "pubs culturelles" ont-elles perdu leur cadre (noir, blanc
ou rouge) ? " Encore une contrainte financière, les annonceurs préfèrent payer pour
une pleine page. Que vous dire ? vous conviendrez que c'est injuste de votre part.

Concernant votre illustration, c'est assez ingrat. 2 heures avant d'envoyer le magazine sous presse, nous avons passé plus d'une heure et demi à nettoyer votre illustration afin de la faire ressortir, la valoriser. Concernant la page presse, le briefing de base, était une page presse, lisible il n'était pas question de faire une page création comme pour les textes, tout ça concerne la direction éditoriale.

Comme on le disait avec les garçons, c'est effectivement notre meilleur numéro à eux et à nous et c'est un nouvel élan pour cette année. Par ailleurs il est envisagé d'ouvrir une discussion sur le blog des garçons, concernant des questions postées par les lecteurs sur la nouvelle charte. Nous serions là avec eux pour y répondre. Ce projet est un véritable défi en cette période où la presse va très mal, où si peu est donné en partage à des personnes qui n'attendent que ça. Et les efforts sont conséquents et nous ne lâcherons pas (Charles-Henri, Denis et nous). Juste pour donner tort à cette société qui ne propose que du consommable.

Notre leitmotiv de travail est que nous ne travaillons pas POUR mais AVEC un client et le résultat d'un travail est la synergie de toutes ces compétences réunies. C'est en ça que nous en sommes très fières depuis le début et nous pensons que les garçons aussi. Il est toujours intéressant de jouer avec des contraintes et de les détourner.
Charles-Henri et Denis sont venus vers nous la première fois, en nous disant "Il faudrait que Delicious ne soit pas jeté, qu'il soit en quelques sorte collectionné", d'où nous avons inventé le principe formelle de la phrase à découvrir. Pour la nouvelle saison, les gens ayant déjà abordé Delicious, il s'agissait de poser son nom, qu'il soit rapidement
reconnaissable afin qu'il puisse survivre.
Le projet de DP est un défi, comment faire autrement en préservant des convictions, en faisant avec des contraintes sociales tout en introduisant un travail formel qui change la donne.
Derrière chose, un travail est toujours dans l'évolution, nous ne faisons jamais la même chose, nous devons faire autrement. Sinon nous arrêtons ce métier. Nous n'avons pas peur du mouvement, du changement, nous avons peur  de la stagnation.
Nous pensons qu'il existe deux orgueils : l'orgueil mal placé qui ne donne rien de bon et l'orgueil d'une éthique, d'une philosophie de pensée qui est ouverte sur le monde. Nous devons forcément partager un peu de celle-ci, vous comme nous.
Dans ce flou, nous pouvons croire qu'une incompréhension mutuelle s'est instaurée.
Le flou est parfois beau...
Merci pour votre invitation, si nous venons sur Paris, nous ne manquerons pas de passer vous voir, ce sera avec plaisir, nous avons toujours privilégié le contact direct.

Vous nous avez donner des liens de site, à notre tour nous vous donnons un lien. Il se trouve qu'il est musical et que c'est presque un manifeste pour nous.
Juste pour information cette chanson a été chantée en Chine : Björk "Declare independence". http://www.youtube.com/watch?v=igOWR_-BXJU

A la réalité qui nous circonscrit nous opposons le rapt possible de la conscience poétique.
Carole et Eugénie
Bonne journée à vous.

PS : Concernant l'oubli de votre nom, dans la précipitation de la sortie
du numéro, cela a été omis et nous pensions que la signature du dessin
suffisait. Nous rectifierons bien entendu au prochain numéro.
Nous nous en excusons.

Cordialement

Collectif Polkaouistiti
Carole Gautier : 06 24 53 27 85
Eugénie Favre : 06 76 89 81 03
http://www.polkaouistiti.fr
http://polkashop.polkaouistiti.fr
deux@polkaouistiti.fr

    Ma réponse

Merci pour votre réponse. Restons sérieux, je ne vous dis ni quoi faire  ni ne vous interdit de parole. Dommage que vous restiez sur la défensive et la justification
au lieu d'entendre le lecteur passionné mais surpris. Le comment et le pourquoi n'influencent pas ma perception. Si vous le souhaitez je peux publier votre réponse sur mon blog. cordialement, Ivan Sigg

    Réponse de Polkaouistiti

ce n'est pas de la défensive, c'est plus la défense d'un travail. Mais en fait nous faisons cela tous les jours. Nous ne nous justifions pas, nous sommes juste passionnées, nous avons du caractère, c'est possible et nous aimons beaucoup expliquer le pourquoi du comment, car pratiquant un métier de l'image nous aimons y concilier le rapport au langage. Nous espérons plutôt un jour nous rencontrer car cela (nous comme vous)
permettra de dissiper des impressions mutuelles.
Oui, vous pouvez publier notre réponse sur votre blog. Merci de nous demander.
Bonne journée à vous.
Et peut être à bientôt.

             Un dernier constat de ma part
 
Un objet public comme un journal gratuit diffusé à 35000 exemplaires doit apprendre à vivre avec la critique de ses lecteurs a qui il est livré en pâture.
Je n'ai ni dogme, ni convictions, ni orgueil éthique.
Ce blog a toujours été ouvert aux commentaires, je ne les ai jamais censurés.

Deux choses m'ont fait tiquer quand au sens qu'elles dégagent :
1) "C'est presque un manifeste pour nous"
http://www.youtube.com/watch?v=igOWR_-BXJU
Dans ce clip sans humour et aux images militaires/carcérales/psychiatriques, Bjork assène à répétition dans un micro branché à des cerveaux d'hommes pantins "declare independance, dont let them do that to you ! "... Donner des leçons aux opprimés ? C'est la faute des autres ?
2) "A la réalité qui nous circonscrit nous opposons le rapt possible de la conscience poétique". La réalité n'a jamais circonscrit personne car elle est infinie. Seule la pensée (ou la conscience, qui est limitée à son propre contenu) nous circonscrit.

Tag(s) : #Dialogues

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