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Les fondateurs du gratuit culturel Deliciouspaper me demande de leur faire une lecture critique du dernier numéro qui vient de paraitre. Ces deux gars, Charles-Henri Arnould et Denis Bourmault, sont vraiment humbles et sacrément gonflés à la fois ! Vous voyez les rédacs chef de Libé, du Monde ou de l'Huma demander un regard éclairant à un électron libre comme ma pomme !!!!!?????
Pour préparer cette rencontre, voici un texte tiré de « Carnets » 1961 Jiddu Krishnamurti, sur les spécialistes et les experts  qui fait directement écho à l'éditorial du n°7 de Deliciouspaper :

Le cerveau fonctionne dans la fragmentation, la partie, la division. Il se spécialise. Il n’est jamais le tout qu’il essaye en vain de capturer, de comprendre. De par sa nature même, la pensée est toujours incomplète, comme l’est le sentiment ; la pensée, réaction de la mémoire, ne peut que fonctionner dans le connu, ou interpréter à partir du savoir. Le cerveau est le produit de la spécialisation. Il ne peut aller au-delà de lui-même. Il divise et se spécialise en homme de science, artiste, prêtre, homme de loi, économiste, technicien ou fermier. Il fonctionne en projetant son propre rang social, ses privilèges, son pouvoir, son prestige. La fonction cérébrale et le rang social sont intimement liés, car le cerveau est un organisme qui s’auto-protège (rôle du vieux cerveau : reptilien + limbique). C’est de ce besoin que naissent les éléments d’opposition et de contradiction de la société. Le spécialiste, l’expert, sont incapables de voir l’ensemble et donc il crée division et conflit.
Le paradis de l’expert et du spécialiste est la spécialisation, petit rêve mesquin du cerveau, paradis de la religion ou du technicien. L’aptitude, le don, est d’évidence préjudiciable, car il renforce l’égocentrisme ; étant fragmentaire il nourrit donc le conflit. L’aptitude n’a de valeur que dans une perception globale de la vie, qui est du domaine de l’esprit et non du cerveau. L’aptitude avec son fonctionnement se situe dans les limites du cerveau, elle devient donc impitoyable, indifférente au processus global de la vie. L’aptitude (l’expertise) suscite la vanité, l’envie et, son accomplissement devenant primordial, elle engendre l’inimitié, le désordre, la souffrance ; elle n’a de valeur que dans une conscience totale de l’existence. La vie ne se limite pas au niveau fragmenté que son le domaine alimentaire, celui du sexe, de la politique, de l’économie ou de l’ambition ; la vie n’est pas fragmentaire ; quand elle le devient, elle se transforme en désespoir absolu, en souffrance sans fin. Le cerveau fonctionne en se spécialisant dans la fragmentation, dans des activités qui l’isolent dans le champs limité du temps. Il est incapable de voir la totalité de la vie ; aussi éduqué soit-il, le cerveau n’est qu’une partie et non l’ensemble.
Pour voir totalement, le cerveau doit se trouver en état de négation (La négation de ce qu’il croit être). La négation n’est pas l’opposé de l’affirmation ; tous les opposés sont reliés entre eux. La négation n’a pas d’opposé. Pour que la vision soit totale, il faut que le cerveau soit en état de négation absolue (Il doit cesser d’affirmer « Je ») ; il ne doit pas intervenir par ses évaluations, justifications, condamnations et défenses. Il faut qu’il soit silence, sans aucune contrainte, laquelle ferait de lui un cerveau mort, uniquement capable d’imiter et de se conformer. C’est en état de négation qu’il se trouve dans une immobilité sans choix. C’est alors seulement que se produit la vision totale. L’esprit est alors pleinement éveillé et cet état ne comporte ni observateur ni observé (ni expert, ni expertisé), mais seulement clarté. La contradiction et le conflit entre penseur et pensé prennent fin.
Tag(s) : #philosophie

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