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Regard posé par le compositeur Christophe Eveillard sur « L’île du toupet »

"J’avais eu la chance il y a 5 ans de lire le premier jet du roman d’Ivan Sigg. Je suis rentré très facilement dans cette deuxième lecture. Je sens qu’il y a eu un gros travail de réécriture. Arrivé à la fin j’ai aussitôt relu les soixante premières pages si fourmillantes. Dès les premières lignes c’est une véritable explosion verbale ! Un bouillonnement littéraire ! Le lecteur habitué à des récits linéaires et lisse peut perdre pied au début. Justement, il faut lâcher prise pour entrer dans cette structure et cette façon de penser propre à Ivan Sigg. Dès le premier chapitre, par exemple, il y a une embrouille avec deux personnages au parler étrange dont on ne nous dit pas que ce sont des lapins télépathes !


Pour  tous les gourmands du langage et les fans de descriptions loufoques et enlevées., ce roman est un vrai régal !  Et puis il faut le dire : On se marre carrément ! Je me bidonnais tout seul dans le métro, brinqueballé dans tous les sens par le récit. Quand tu lis la séquence sur les tentatives de Max pour bondir comme un lapin, il est impossible de ne pas exploser de rire. La question est posée : jusqu’où faut-il accompagner le lecteur sans abîmer l’écriture… ? Je pense qu’Ivan Sigg a raison de ne céder en rien à-dessus, même si deux chapitres de la fin auraient gagné à être coupés et ramassés.

Après les soixante premières pages, le lecteur est pris dans le récit. On a envie de continuer car le texte est truffé de tournures qui nous fouettent et nous font rire. On finit par les guetter et les attendre. Tout ce travail sur les mots ne diminue en rien l’intensité du propos. C'est une littérature optimiste et heureuse, sans violence ni climax, mais dont le flot de sève truculente nous entraîne comme un polar. On a envie de savoir où nous emmène cette arborescence échevelée. L’île, le lieu du roman, a une logique hurluberlue mais il n’y a aucune gène et l’on ne reste jamais en dehors du récit.

J’ai beaucoup apprécié que le décor soit renforcé et éclairé par un extrait de « Villes invisibles » d’Italo Calvino (entre autres). Je trouve très intéressant qu’Ivan Sigg joue sur deux espaces en interrompant le récit avec des interventions d’auteur où il commente son travail et ses difficultés à faire avancer le récit.

 A l’instar de Gargantua et Pantagruel de Rabelais, que j’adore, L’île du toupet est un roman profond, initiatique, fourmillant, excessif,  où l’on trouve pets et rôts en  abondance. La crudité sexuelle n’est pas un problème car elle a toute sa place dans cette profusion, crudité toujours bien amenée et très drôle. Il y a juste peut être une ou deux courtes réflexions toutes masculines – poncifs de fantasmes mâles ? - qui pourraient arrêter certains lecteurs et lectrices…

Dans la nature, comme dans ce roman, les animaux sont beaucoup plus évolués que les humains. Ivan Sigg ne ridiculise pas ces derniers, mais il montre leur incompétence à vivre, leur manque d’harmonie avec leur milieu, leur inaboutissement (je me souviens d’une émission récente d'Arte qui montrait bien le haut degré d’évolution des animaux face à l’humain étriqué).

Oui il y a un côté excessif de la présence du gamin Max et des lapins à l’ONU mais en 2008 Séverine Suzuki, une jeune fille de 14 ans, est venue à cette tribune planétaire prendre à partie tous les chefs d’état sur l’avenir de la planète, parler au nom des animaux et des enfants, c’était incroyable ! Ca paraît extraordinaire dans L’île du toupet, mais ça a déjà eu lieu !

Il faut qu’Ivan Sigg continue à cultiver cette forme d’humour, trop rare dans la littérature, cette jonglerie avec les mots et les types de langages, à travers un récit très visuel (voire cinématographique...) .

Je suggèrerais peut-être à Ivan Sigg de doser un peu mieux ses haïkus. Certains sont comme de superbes coups de cymbale qui résume tout, mais quand il y a plusieurs coups de cymbale de suite, ils peuvent perdent leur sens et leur qualité et le lecteur reste sonné.

J’aime beaucoup la fin du roman qui laisse le lecteur en suspension. L’humain avec toutes ses croyances reste réticent à toute évolution ou, plus précisément, aveugle au mouvement du présent. Comme disait Eistein «  J’ai expérimenté l’homme, il est inconsistant ». Je me souviens d’un fabuleux reportage sur le langage des oiseaux où l’on voyait un tout petit oiseau construire une grande hutte colorée, plus belle que n’importe qu’elle œuvre d’art ! J’y ai repensé en découvrant toutes les techniques de communication évoluées des lapins d’Ivan Sigg, quand les humains limités ont encore besoin d'un excitant - le peyotl - pour ouvrir leur perception… "

                         Christophe Eveillard compositeur (dernière création : mise en son des spectacles du grimpeur/danseur Antoine Le Menestrel )

3 possibilités pour commander le roman en ligne :

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Tag(s) : #littérature

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