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Incroyable de découvrir à l'occasion de cette fresque sur notre façade, que Henri Cambon  l'architecte de notre maison (1893) a construit partout dans le XVIIIème et qu'il est le fondateur de la Villa des Arts, 15 rue Hégésippe-Moreau 75018 Paris, où 65 ateliers ont abrités entre autres Signac, Cézanne, Dufy, Carrière et Marcoussis. Dans le même temps mon amie l'écrivain Valérie Colin-Simard, par une lettre mystérieuse de Sandra Mignon arrivée dans sa boite aux lettres, me fait découvrir que l'architecte Henri Deneux (le sauveur de la cathédrale de Reims et ...mon inspirateur) a résolu l'énigme du clocher torse de Puiseaux (Loiret), dingue !!!!


Réflexions pour un ravalement de façade de maison (1893) dans le XVIIIème arrondissement de Paris.
 
A l’occasion d’un ravalement de façade devenu incontournable, j’ai décidé il y a deux ans de réaliser une fresque sur notre maison/atelier.

Une fois toutes les autorisations obtenues (Un an d'allers et retours et de rendez-vous) et après avoir rencontré l'entreprise de ravalement NUANCE 3, je me suis proposé avec ce projet de fresque peinte de faire en sorte que notre maison regarde la rue et s’offre à la rue.

L’architecte Philippe Freiman avait amorcé ce propos en réalisant à notre demande une surélévation contemporaine en 2000. Ses plans comportaient un toit en zinc, des « huisseries fines d’atelier » en acier zingué, une petite fenêtre qui donnait sur l'immeuble de l’architecte Henri Deneux (185 rue Belliard 75018) et sur la Tour Eiffel, dans le prolongement de la rue des Tennis et un oeil de boeuf au dessus de l'entrée.

Je tiens à faire remarquer que je ne proposais pas une œuvre personnelle qui serait le prolongement de mon travail d’atelier sur la façade et qui modifierait l'architecture, en s'affranchissant de sa structure classique (Nous n'étions donc pas dans la perspective d’un projet à la Huntderwasser ou Gaudi).

Pour créer un lien entre l’architecture de P.Freiman (surélévation 2000) et celle de H.Cambon (constructeur 1893) j’utilisais alors trois pistes :
- Reporter le gris zinc du nouveau toit et le brun rouge des nouveaux volets coulissants, sur la façade ancienne.
- Peindre les trois corniches de façades en gris zinc avec trame de « trouées blanches » pour donner l’illusion de structures métalliques en écho au fait que notre maison de briques de 1893 comporte dans sa structure des poutrelles métalliques rivetées.
(Peindre ces poutrelles métalliques en façade c’est aussi faire un premier clin d’œil à H.Deneux qui réalisait des structures béton apparentes en façade)
- Créer un dégradé formel et coloré, du sous bassement au toit, avec un rez-de-chaussée riche en formes et hautement coloré (niveau de mon atelier d’artiste peintre), un premier étage plus sobre (merci Géraldine pour les conseils) et une transition claire au deuxième étage pour faire le lien avec la surélévation contemporaine.

Depuis nos fenêtres (notamment depuis celles de mon atelier de peintre) nous voyions tous les jours l’immeuble remarquable de l’architecte H.Deneux avec ses étonnants décors en carreaux de gré céram.
Avec mon projet de fresque, je décidais de jouer le jeu d'offrir aux cinq propriétaires  de ce petit immeuble, une sorte de miroir (miroir déformant puisque j’agrandissais les formes huit fois et les disposais en ordres différents)
Je faisais donc un clin d'oeil coloré à ces gens, par-dessus la voie ferrée de Petite Ceinture .

Avec cette fresque, je pensais donc avant tout à ces deux tronçons de rue qui se font face « Belliard et Leibniz », qui ne peuvent communiquer que par-dessus le fossé du chemin de fer, et qui affichent un terrible déséquilibre entre les « belles » façades Belliard et les « misérables » façades Leibniz.

Ainsi donc, je tentais d’éclairer la rue tout en confirmant aux gens ce qu'ils savaient déjà (de nombreuse classes de l’école Vauvenargues sont venues dans mon atelier) " il y a ici la maison et l'atelier d'un peintre qui participe à la vie du quartier."

Si l'architecte Philippe Freiman avait effectivement très bien résolu le problème délicat des proportions avec la surélévation, par contre aucun travail n'avait été effectué à l’époque sur la façade ancienne (il y avait avant le ravalement, différents badigeons anciens de blanc, de blanc rose, quatre rangées de briques repeintes en rouge et un blanc cassé)

Il n'y avait aucun lien ni rappel (forme, couleur ou dessin) entre, d'une part les rangées de briques rouges, les garde corps noirs, les caissons, les moulures, les trumeaux, les diamants...et d'autre part la surélévation contemporaine. Pour résumer, de l'extérieur, la surélévation était une superbe boite gris zinc et brun rouge (volets), posée au sommet d’un grand aplat blanc sale.

Je me proposais donc de rapporter du brun et du gris (ainsi que deux bleus, un vert, un crème et un blanc) qui allaient souligner les étages et mettre en valeur les reliefs et moulures classiques de la façade, ainsi que la porte et les dessins des gardes-corps.
 
Cette façade classique en plâtre (sur mur de briques) de 1893 n'avait pas d’originalité particulière et je tentais de lui en donner une.
 
Je ne pense pas avoir contredis les projets de H.Cambon ni celui de P.Freiman, ni les  avoir effacés, bien au contraire. J’y suis resté très attentif, je les ai respectés et j'ai tenté de les mettre en valeur et en liens.

Par ce projet sobre (tranquille, non figuratif, non transgressif) je pense avoir donné une unité originale à cet ensemble (géométrie, écho, respect des volumes) et audacieuse à la fois (Quel architecte ose de nos jours la couleur et le dessin en façade ? ).
 
Il me semble que c’est le rôle d’un artiste peintre, attentif à son environnement, de tenter ces ponts. Peut-être contribue-t-il ainsi à l’éveil des regards et à la poésie de la ville.
Ivan Sigg
Tag(s) : #Architecture

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