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Compte-rendu de la visite de UJUO http://unjouruneoeuvre.eu  au Musée Dapper

Face au 35 de la rue Paul Valéry (75016 Paris), une femme et deux hommes se sourient. Connivences. Ils pénètrent dans le Musée Dapper. Il y a dix ans, ils auraient emprunté une petite allée qui traversait un micro jardin et son bosquet de bambous. Aujourd’hui, pour rejoindre le continent africain, ils empruntent une passerelle aérienne qui traverse un grand hall ocre rouge, survolant une petite librairie et une cafétéria confortable.
    Première salle. Obscurité et plafond bas, grandes photos de femmes africaines éclairées par des projecteurs d’expo à couteaux. Un ventre fripé et blessé acollé à un tronc noueux et veiné. Un ventre gris immense de femme enceinte (1,50 x 1,00m ) qui surgit des pans d’une veste noire. Nombreuses photos posées en noir et blanc qui veulent (trop ?) démontrer, transmettre une idée.
Le trio UJUO ne lit ni les textes ni les cartels. Il s’arrête devant une pêcheuse dressée seule sur la plage face à l’océan, robe rouge et blanche dégrafée dans le dos (hasard ? oubli ? misère ?), collée aux jambes par le vent. Elle est au centre d’un univers marin aux bleus verts variés, reins cambrés, genoux fléchis, qui hale son filet bleu. Sous le foulard, son profil noir est à peine visible. La ligne inclinée de l’horizon traverse sa tête. Il y a des échos graphiques entre les mailles du filet et les motifs du foulard ; entre une courbe de la robe et une courbe du filet ; entre les imprimés de la robe et les vagues. Sa tête d’un côté, et la pelote de filet dans ses deux mains de l’autre, sont les deux points de tension de la photo.
    Saisissement (plurifactoriel ?) quand on entre dans la deuxième salle. Fraîcheur et souffle de ventilation très présent, plafond haut à lattes chromées (années 70 !) constellé de projecteurs. La salle est remplie de boîtes en verre pleines de reflets, posées sur plots. Un premier regard balayant offre une cinquantaine de sculptures de femmes noires (90 cm de haut ?), nues, visages asexués, épaules carrées, seins en obus, genoux fléchis.
    Le trio UJUO s’arrête devant une sculpture en bois un peu différente des autres. Forme générale d’une fourche en Y. Deux mètres de hauteur. Bois clair, veiné, noueux, fendu et troué en plusieurs endroits. Tête « extra-terrestre », en « masque aérodynamique », ou en « casque grec » ou en« tête de mort » aux orbites creuses écartées (de face). De profil apparaît une bouche, des joues féminines et peut-être une trace de sourire. Epaules larges et carrées. Enormes seins en obus horizontaux, noircis par un pigment et aux bouts polis et décolorés par des caresses répétées (?) Corps droit et plat sans hanches. Sexe en petite bosse fendue. Une photo nous révêle que cette fourche/femme s’avère être un pilier de charpente soutenant une poutre, jamais vu de face dans son contexte d’origine
La plupart des sculptures de cette salle s’avèrent être des idées de jeune femme prêtes à l’allaitement. Elles n’éveillent aucun désir chez Sylvie, Alexis ou Ivan.
Quelques statuettes égyptiennes nous montre des femmes dans des poses stéréotypées mais aux visages expressifs très réalistes.
    Troisième salle. En haut de l’escalier, nous sommes saisis par un objet très simple en bois creux, patiné de pigment rouge, objet à la fois très réaliste, étrange et d’une douceur infinie : deux seins et un ventre de femme enceinte au nombril proéminent, grandeur nature. Sans la vitrine, nos mains seraient déjà en train de parcourir ces trois rondeurs. Le buste égyptien juste à côté ne provoque pas cette réaction (la photo d’en bas non plus). Cet objet, que nous apparentons à une « prothèse de cinéma » (il se révélera être un objet initiatique porté par les hommes pour faciliter l’accouchement) plutôt qu’à une sculpture, réveille en nous quelque chose de très profond. Sylvie pense que cela réveille quelque chose d’inné. Ivan pense que cela réveille quelque chose d’acquis.
Nous entrons en conversation avec un quatrième visiteur qui se révèle être un sculpteur à moustache, Mr Pasqier Lévigne : « On rentre en conversation avec certaines sculptures et pas avec d’autres. Une sculpture c’est fait pour être touché ».
Nous nous arrêtons devant une sculpture aux yeux et au ventre en miroir qui nous reflètent et le monde avec. Plus loin deux sculptures aux ventres et aux dos scarifiés . Sylvie scotche les deux garçons en leur demandant si toutes ces femmes qui n’affichent aucune expression, aucun rire ni plaisir, ne sont pas toutes excisées et à quand remonte cette pratique ?

Trouvé sur WIKIPEDIA
Une pratique traditionnelle
Les pratiques d'excision sont considérées comme traditionnelles dans la mesure où elles se sont installées dans un contexte animiste ou pharaonique (c’est-à-dire bien avant l'arrivée des grandes religions monothéistes dans ces contrées). D'autre part, l'excision fait souvent office de rite de passage et de reconnaissance de la petite fille dans sa société.
L’excision est actuellement défendue au nom de :
    * la préservation de la virginité (considérée comme un idéal féminin au mariage),
    * l’amélioration du plaisir sexuel masculin (par le rétrécissement du vagin ou de l’orifice vaginal)
    * la protection contre le désir féminin (considéré comme malsain par les partisans de l’excision ou non contrôlable en cas d'absence d'excision),
    * raisons hygiéniques,
    * raisons esthétiques,
    * patrimoine culturel ou traditionnel (initiation à l’état de femme, peur que le clitoris n'empoisonne l'homme ou l'enfant à la naissance...).

Café après la visite. Sylvie découvre que l’on peut laisser son regard sur chaque œuvre mise en ligne sur UJUO. Je découvre que Sylvie découvre cela. La page d’accueil n’est donc pas claire ! On reparle de mutualiser nos regards dans une revue papier…

Ivan 23 III 09

Tag(s) : #art

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