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"Bille en tête" acrylique et pastel 65x50cm. Je reprends des travaux de 2007 et y applique les découvertes plastiques faites en résidence au Japon. Régal.

Conversation avec Thierry et Véronique.
Ivan :
En amitié ou en amour, j’éprouve de l’empathie avec les gens qui chaque jour, dans leur rapport à l’autre, se donnent et cherche à comprendre leur propre souffrance. Cet état créatif rayonne autour d’eux et change le monde.

Lui : Pour qu’un couple tienne, il faut du respect et un minimum d’attention à l’autre.
Elle : Il faut beaucoup de tolérance.
Ivan : Dans la tolérance, j’ai l’impression que l’on dresse des barrières intérieures pour pouvoir s’assoire sur ses désaccords et accepter l’autre. Je préfère la notion « d’attention globale qui ne juge pas, n’accepte pas et ne rejette pas. »
Elle : Oui, de la bonté, pas de la tolérance, si tu veux.
Ivan : L'attention lucide est bonté et amour, il me semble.
Elle : Dans ce sens-là, tout à fait.
Lui : Il ne faut pas idéaliser l’autre, mais le prendre comme il est.
Ivan : On est souvent aveugle dans les premiers temps de la rencontre amoureuse. On est dans un idéal du mariage, du couple et de l'amoureux, ou dans le rejet de l'idéal inculqué par la famille et les parents (ce qui revient au même). C'est à dire qu'il y a une image (ou une contre image qui est une image aussi) entre nous et la réalité. Etre réellement attentif c'est se débarrasser de ces images, alors le présent surgit dans sa vérité crue. Mais, peut-on voir sans les yeux du passé ?
Lui : Tu vois, nous étions en tournée dans une île en face de la Nouvelle zélande et nous avons passé une semaine sur une plage déserte, style cocotiers, sable blanc, la mer à l’infini et rien d’autre mais quand je dis rien, c’est rien, rien, rien. Au bout de trois jours tu pètes les plombs !
Elle : Toi moins vite que moi car tu es plus contemplatif, mais pour rien je ne vivrais là-bas. On n’est pas programmé pour ça. Moi je deviens folle si je n’ai plus accès à la culture, aux expositions, au théâtre, aux livres…
Lui : Tu finis même par t’intéresser à l’église du coin qui n’est qu’une vulgaire cabane avec un toit en tôle et, en la regardant, tu finis par t’entendre dire « pas mal, pas mal ».
Ivan : Est-ce que le problème ne réside pas dans ce que tu as dit, c’est-à-dire que nous sommes « programmés » pour certaines choses et pas pour d’autres. Nous sommes agis par notre conditionnement et notre mémoire. Notre psychisme fonctionne dans des ornières profondes qui ne nous permettent pas d’entrer en contact avec la nouveauté, avec l’inconnu. Il y a des centaines de sortes de cocotiers, à l’image de l’univers les grains de sable sont infinis, la mer est infinie et différente à chaque instant … Si notre cerveau épuise une telle beauté en trois jours, c’est que nous ne voyons pas cette diversité et cette infini. Je crois même que nous nous en protégeons. On devrait pouvoir vivre un an là-bas, non ?
Lui : Tu as sans doute raison. Mais comment se détacher de sa culture. C’est impossible.
Ivan : En fait on devrait pouvoir vivre n’importe où dans le monde, non ? Le problème c’est nous, ça n’est pas le monde. Je repose cette question formidable, peut-on regarder le monde sans les yeux du passé ? Peut-on se débarrasser des siècles de culture qui nous ont fait pour voir le présent avec nos yeux et non avec notre mémoire ? Voilà une question passionnante, simple, révolutionnaire, et qui pourrait faire disparaître les guerres. Chaque jour j’expérimente cela. Ingurgiter un savoir technique tout en m’affranchissant de tout savoir psychologique. Le résultat est incroyable, je vais de mieux en mieux et la vie est belle. Ce sont nos processus de pensée qui sont torves et laids !
Elle : C’est bien beau mais ça n’est pas donné à tout le monde. Comment ils font ces jeunes qui n’ont aucun savoir et aucune culture. Il faut faire marcher son cerveau en permanence sinon il se grippe puis il rouille
Ivan : L’attention n’a rien à voir avec la quantité de savoir ingurgité. Il faut des yeux, des oreilles et aucun préjugé. Je suis d’accord qu’il faut s’autoriser une grande liberté et mettre toute son énergie dans cette attention au monde et aux autres. Pour cela il faut s'affranchir de toute autorité. Par une psychanalyse je me suis affranchi de l'autorité du père, par
la création artistique je me suis affranchi de l'a  utorité de l'idéologie marxiste (qui pensait et voyait à ma place) et par l'amour et la philosophie, chaque jour, je m'affranchis de l'autorité intérieure.
Elle : Oui mais, moi j’aime être proche de mes enfants, j’aime ma culture, j’aime me confronter à d’autres, j’aime mon histoire, et je n’ai pas envie de me détacher de tout ça.
Ivan : On en est tous là, depuis trois mille ans, mais, alors que je constate des progrès scientifique, je ne vois aucune évolution dans nos rapports et nous sommes toujours habités par la peur, la haine de soi, la colère, la jalousie, le désir, la souffrance…


Tag(s) : #Dialogues

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