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Suite à un article d’Olivier Dartigolles dans libération du 1er juillet 2008 « PCF : des stratégies pour en finir avec le capitalisme »

Bonjour Olivier.
Votre texte paru dans Libération me paraît emblématique d’une certaine forme de pensée de combat qui s’est épanouie depuis la Révolution française. J’aimerais échanger avec vous quelques constats sur cette pensée, sur la pensée en général, et enfin sur la réalité qu’elle produit.
Je me permets de vous demander de lire, d’écouter et d’observer ce que je développe ici avec la plus grande attention, jusqu’au bout, sans rejet ni assentiment, sans comparaison, comme si… c’était totalement nouveau pour vous.
Si l’on aborde un problème - le capitalisme par exemple - sans mobile et dégagé de notre conditionnement, c’est-à-dire sans aucun préjugé, en saisissant le problème dans sa totalité (nous en faisons partie puisque c’est notre pensée qui fabrique l’idée et l’image que nous en avons), alors la réponse est contenue dans le problème. Si l’on fragmente le problème, il y a aussitôt division et conflit.
   
Une « stratégie », une méthode ou un processus, sont des cheminements élaborés par la pensée à partir du savoir (qui est basé sur la mémoire, sur le connu et donc toujours limité). Un chemin pré-tracé ne peut jamais coïncider avec la réalité toujours changeante (de l’ordre du surgissement et de l’inconnu). Le connu (le fini de l’expérience) ne permet jamais d’entrer en contact avec l’inconnu (l’infini des possibles), au contraire, il nous en tient à distance.
On peut avoir des stratégies dans les domaines physiques (la construction, le transport, la production industrielle…) mais une stratégie dans le domaine psychologique (la pensée et les rapports humains) ne peut que prolonger l’existant sous une autre forme sans jamais en finir avec lui, car il s’agit toujours d’une projection de la pensée qui est limitée à son propre contenu (la mémoire).
Notre conditionnement, qui est le résultat de l’histoire des rapports humains depuis 45000 ans, a fabriqué en nous une image du monde mâle, guerrière, dualiste et donc, conflictuelle. Votre article est ainsi émaillé de « stratégies, tenaille, rapport de force défavorable, adversaire, forces de progrès, imposer des conquêtes, domination, porter de nouveaux coups, rapports de force, logique, faire reculer les rapports d’exploitation, luttes victorieuses, mettre fin à, isoler l’adversaire, se mobiliser, faire échec, obliger à reculer… ». Pourquoi ne pas se déconnecter, ici et maintenant, de cette histoire qui s’est construite sur la peur et l’ignorance. Ouvrons grand la fenêtre à la vérité, la liberté, la beauté, l’amour, qui sont infinis, toujours en mouvement, neufs d’instant en instant. Qu’avons-nous à perdre à être vulnérable à la nouveauté permanente du présent ? Quelle peur nous pousse à « parler guerrier » ? Qu’est-ce qui nous empêche de parler avec respect, humilité, compassion, amour, sans aucune attente de retour ?
Lénine, Trotsky, Staline, Mao et Castro pensaient que la fin justifiaient les moyens. Ils éradiquaient des vies au présent en vue d’ un « projet meilleur » pour le futur. Qui peut oser dire JE SAIS ? Comment peut on réeduquer ou détruire l’humain pour le libérer ? Comprenons ensemble qu’il n’y a pas de fin mais que des moyens. La fin est une idée. La liberté est à la fois le moyen et la fin.

    Sommes-nous capables d’observer la société sans l’aide du passé, c’est-à-dire l’observer sans toutes les idées, les théories et les images que nous nous faisons à son sujet ? Sommes-nous capables d’observer la société dans sa globalité, sans coller d’étiquette (vieille ou neuve) sur nos systèmes d’échange, sans critique, sans préférence ou rejet ? Sommes-nous capables de nous observer nous-mêmes de la même façon, c’est-à-dire voir notre comportement, nos peurs, notre ignorance, notre colère, notre souffrance, notre recherche jamais assouvie du plaisir, nos blessures ? Etant donné que nous ne le faisons pas, nous sommes, nous et la société, comme deux rails de chemin de fer qui ne se rencontrent qu’à l’infini, c’est-à-dire, jamais au présent.
Nous ne pouvons pas être attentifs lucidement, si nous avons un préjugé, si nous sommes attachés à des conclusions (des idéaux, des vérités mortes) ou si nous nous cramponnons à une expérience personnelle, c’est impossible.
La société c’est l’ensemble des rapports entre chaque humain. La société est ce que nous sommes entre nous. Or, entre chacun de nous, le psychisme (en réaction aux provocations du réel et dans un acte de protection archaïque) fabrique le désir, le plaisir, la souffrance, l’envie, la jalousie, la compétition, la volonté d’accumuler, la volonté d’avoir raison, le désir de dominer, l’identification, la soumission, le rejet, la haine, la colère, le désir de détruire.
La société fonctionne donc sur le conflit. Le conflit n’est pas en dehors de nous, il est en nous, dans notre façon de ne pas être en contact avec le monde, dans cet acte destructeur qui consiste à mettre du temps (le devenir) et de la distance, entre nous et ce qui est. Le conflit n’est pas dans notre nature mais dans le processus de la pensée. Le conflit surgit en nous car nous nous refusons d’Être ce que nous sommes. Nous fuyons tout le temps dans un idéal ou une idéologie ou une théorie... Nous sommes dans le DEVENIR. Il y a conflit entre ce qui est et ce qui devrait être. « Ce qui est » est le seul fait. Son opposé est le non-fait et n’a pas de réalité. Ce n’est pas une fatalité, c’est un constat. Ce qui n’est pas le capitalisme, n’est pas. Ce n’est qu’une idée inventée pour fuir ce qui est. Nous ne pouvons agir que sur ce qui est.

    Cher Olivier Dartigolles, pouvons-nous constater ensemble que le mot n’est pas la chose. Que le mot capitalisme n’est pas le capitalisme. On dit qu’il y a capitalisme : quand l’homme exploite l’homme et épuise la nature pour accumuler du profit ; quand les moyens de production industriels, la terre et les sous-sols sont privés ; quand 2/3 de la planète est maintenue dans la misère et les conflits pour assurer la protection, la richesse et les plaisirs du 1/3 restant.
Le capitalisme est donc une stratégie de maîtrise du réel qui nous détruit comme toute stratégie de maîtrise. C’est une idée des rapports humains qui les fige à un degré moins qu’animal. Mais à en rester aux aspects techniques, physiques et quantitatifs du capitalisme, notre pensée fragmente à nouveau le réel et nous masque la réalité. Le capitalisme n’est pas hors de nous, il est en nous, dans notre processus de pensée, c’est moi, c’est vous Olivier, c’est nous qui lui donnons réalité. Le capitalisme c’est l’expression de la confusion de l’homme dont le vieux cerveau lui fait croire qu’il ne fait pas partie de la nature. Pourquoi ? Mais parce qu’exploiter les sols, les plantes, les animaux et les hommes (accumuler et posséder donc) permet de se protéger de son vide intérieur et de la mort, nous détruisant par là même. L’animal et la plante n’exploitent pas, n’accumulent pas et ne détruisent pas. L’animal EST. La plante EST. Sans intentions. Ce qui fait problème ce sont les productions humaines. La pensée est le socle de toutes les productions humaines et de toutes nos souffrances.
Si « En finir avec le capitalisme », c’est mettre fin au processus de pensée qui le produit (ce processus de pensée étant celui qui régit les rapports entre conjoints, entre vous et moi, entre les hommes depuis 45000ans) alors marchons ensemble et comprenons que la seule vraie révolution est la mutation psychologique qui débute maintenant par notre attention vigilante.
La question n’est donc pas de mettre fin au capitalisme ou d’en sortir par le haut (ou par le bas) mais de découvrir si nous pouvons vivre sans conflits dans nos vies tant intérieurement qu’extérieurement. Etes-vous prêt Olivier à vous poser cette question cruciale avec moi ?
La lutte pour atteindre un but, même si elle produit quelques petits changements superficiels momentanés, est toujours destructrice au final car elle produit des résistances et des violences toujours plus grande. S’arquer contre l’idée de capitalisme c’est lui donner prise pour qu’elle nous modèle toujours mieux. Le but est une idée et l’on ne peut que souffrir en tentant de faire ressembler la réalité à ce but.

« Faire reculer les rapports d’exploitation et de domination », c’est-à-dire faire reculer nos rapports entre nous, et entre nous et la nature, qu’est-ce que cela veut dire ? Rien.
Si « Se libérer du capitalisme », c’est se libérer au quotidien de nos rapports de soumission à la  tradition et à toute autorité intérieure et extérieure, alors marchons ensemble.

Alors que faire ? ÊTRE !
Être libre, c’est ÊTRE, c’est ne plus fuir ce que l’on est, c’est ÊTRE ni à gauche, ni à droite, ni au centre. ÊTRE libre c’est n’avoir aucun centre pour penser, aucun point fixe.  C’est Être libre d’aller et de penser dans toutes les directions. C’est ÊTRE toujours en mouvement dans une attention totale à soi-même et au monde. Olivier, comprenez vous aujourd’hui avec moi, que c’est le seul état qui puisse libérer toutes les énergies créatrices.
Voulez-vous partager cela avec moi, au moins à travers les mots ?



Tag(s) : #philosophie

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