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Cher Daniel,
ce débat me passionne et je te remercie de l'approfondir avec moi.Nous sommes là au coeur de ce qui fait souffrir l'humain et pourrit la vie collective.

Peux-tu m'expliquer comment tu veux « présentifier les expériences heureuses du passé » ?
    Déjà, tu divises le monde en expériences heureuses et malheureuses, créant instantanément résistances et conflits avec ceux qui n’ont pas ton angle de vue, car c’est ton conditionnement (ton parcours de vie) qui te fait dire qu’elles sont « heureuses ». N’est-ce pas la globalité du monde que nous devons voir, comprendre et non juger ? Qui peut constater que les expériences du passé (heureuses ou pas) ont jamais permis à l’humain de comprendre ses passions, sa frustration, sa colère, sa haine, son désir, et ceux des autres ?
    Et puis le passé n’est-il pas une illusion du moi ? Le passé est-il autre chose que du présent terminé, mort ? Les traces conscientes et inconscientes de ce qui est terminé, fixées dans notre mémoire, ne sont que des mots, des idées ou des images, pas ce qui EST. Quant au futur n’est-ce pas une projection du moi construite sur la mémoire (sur l’expérience accumulée) ?
    Seul le présent EST, neuf d’instant en instant.   "Présentifier » n’est-ce pas la volonté de modifier le passé pour produire quelque chose de forme différente mais toujours de même nature ? "Présentifier" n’est-ce pas vouloir produire de la continuité, terrorisés que nous sommes par la discontinuité et la mort ? "Présentifier" n'est-ce pas croire que les lunettes du connu pourraient nous permettre de voir l'inconnu?
    Et puis enfin, comment peut-on « présentifier » ? N'est-ce pas croire que l'on va créer du présent ou modifier du passé en présent ? Ramener à la vie ce qui est mort ? Prolonger ce qui est terminé ? C’est donc ne plus être attentif au Présent. N’est-ce pas dilapider de l’énergie dans une illusion qui ne peut que diviser au lieu de la libérer dans une attention au surgissement du présent, intense et créatrice.
    On ne peut convoquer la nouveauté, ni par la  "présentification », ni par l’imaginaire, ni par la volonté, ni par l’effort, ni par la contrainte. J'en fais le constat dans le collectif social comme dans le couple ou dans l'atelier de l'artiste. De même on ne peut convoquer la vérité, la beauté ou l’amour. On ne peut pas « préfigurer » ou « favoriser »l’amour, même avec des "strata-j'aime". On peut seulement ouvrir en grand les fenêtres de notre perception, sans juger et sans comparer, avec un esprit frais, immobile et immense. Cette attention intense est l’unique acte créateur et révolutionnaire qui nous modifie et modifie le monde en le respectant.
    Ne soyons sûr de rien, même de l’imprévisible.
dans l'attente de te lire,
Ivan
(la typo a changé suite à la remarque de Groseil et Fruits)



Tag(s) : #philosophie

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