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   Après un phénoménal repas polonais, arrosé à la polonaise, notre petite hôtesse polonaise toute en noir et son large mari tout en jean polonais, nous ont annoncé : « pour aider digestion, je va faire visiter vous mon cave ». Comme on ne me fait cette proposition qu’une fois tous les quarante sept ans, j’affiche à chaque fois la même surprise. Ma femme psychiatre, elle, ne s’étonne jamais de rien et encore moins quand il s’agit de visiter des profondeurs. Quant au géant de la Brie, assis en bout de table avec sa bombe tunisienne à talons compensés, il s’est levé d’un bond et a dit « dans ce cas, attendez-moi une seconde, je reviens ». Il est sorti de la grande maison de pierre en courant puis, nous l’avons vu traverser la départementale et ouvrir le coffre de sa voiture. On a alors tous aperçu un entassement impressionnant de bocaux de gros cornichons polonais et de rillettes de poule...Ce véhicule était une vraie épicerie ambulante ! Le colosse a plongé la main entre les Molossols pour extraire de ce bazar deux longues tiges métalliques. Chacune était coudée à angle droit à l’une de ses extrémités. Quand il nous a rejoint il a lancé « Ok on peut y aller, je suis armé ». La circonspection a plissé nos dix paupières. Nous nous sommes tous dévisagés, puis les trois couples, le polonais en tête,  ont traversé les dépendances en fil indienne et se sont enfoncés dans l’étroit escalier en colimaçon.
    Une cave voutée en pierre de 100m2 au sol et de 8m sous plafond, ça impressionne. Mais un géant qui, sans un mot, les yeux clos, se colle les coudes au corps et, les mains au niveau des épaules, commence à glisser sur le sol de terre battue, avec les deux tiges rigoureusement parallèles, pointées devant lui, ça te torsade la moelle épinière jusque dans les racines capillaires. Les tiges, en équilibre dans ses énormes pognes, semblaient libres de tout frottement et prêtes à osciller dans n’importe quelle direction du plan horizontal. Nous étions médusés.
    Au bout de cinq mètres, alors qu’il avançait sans à-coup, les deux tiges ont commencé à se déplacer de droite et de gauche puis elles se sont brusquement croisées.
— Vas-y Ivan, trace un trait là, juste à l’aplomb !
— Pourquoi ? Y a quoi ?
— Il y a quelque chose ! Une deuxième cave, un souterrain, un puis, une tombe, un trésor…
— Tu rigoles ?
— J’ai l’air ?
Le colosse a avancé d’un pas et les tiges se sont décroisées. Il est reparti au fond de la salle souterraine, s’est décalé latéralement de 50cm et a recommencé son déplacement glissé, tiges brandies. Au bout d’un quart d’heure un unique carré de 60cm x 60cm, parfaitement délimité, était inscrit sur le sol.
— André va chercher six  pelles et pioches !
— Ben merde alors ! Elle est bien bonne celle-là ! On va creuser là, un dimanche ? On ne sait même pas c’qu’y a dessous !
— Un trésor, il te dit, t’es con, a fait sa petite femme en noir très excitée, va chercher les pioches André, gouvno ! kourva ! merde !

    Vous est-il déjà arrivé d’être invité pour déjeuner et de vous retrouver à creuser un trou durant trois heure dans une cave voutée?...sans vous dire un seul instant que c'est votre propre tombe que vous creusez ?
    Le sol était dur, les trois hommes dégoulinants avaient les mains couvertes d’ampoules mais ils piochaient sans compter. Les trois femmes en sueur, auréoles sous les bras, étaient belles et fiévreuses d'excitation. Les yeux brillaient et chacun par une suractivité ostensible revendiquait déjà son sixième du magot. Dans ce grand caveau sombre, l’inconscient affleurait à chaque coup de pioche. « Le trou est trop étroit » a dit la belle tunisienne. « Il faut élargir le trou. C'est un peu humide, y a peut-être quelque chose qui va jaillir » a dit notre hôtesse polonaise. « Il faudrait une barre à mine » à dit le géant. « Si on éteint je veux bien sortir la mienne » ai-je lancé pour apaiser tout le monde.
    « Je sens quelque chose » a soudain crié notre hôtesse polonaise. « Ce serait bien la première fois » a commenté son mari. Il se serait certainement pris un coup de pioche dans le caisson si la longue dalle qui était apparut alors sous nos yeux, ne nous avait tous pétrifiés.

     —Putain, mais tu avais donc raison ! Y a bien quelque chose ! Comment as-tu fait?
    —Mes baguettes détecte le vide, mais je ne sais pas trop comment ça marche. Un gars m’a expliqué qu’il y a sans doute une action combinée des champs telluriques et magnétiques qui produisent un maillage à la surface de la croûte terrestre et, d’après lui, le fait qu’une poche de vide s’intercale entre les baguettes de laiton et la croûte terrestre, cela produit une rupture des échanges ioniques entre elles.
    Alors, hyper fébriles, nous nous sommes mis à six pour soulever cette pierre et soudain, un incroyable… (à suivre)
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Tag(s) : #instants de vie

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