Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 


       Au frontont de la grande Halle de La Vilette, une immense phrase de Aimé Césaire : " La force de regarder l'avenir". 
        Il y a quelques années je l'aurais lue et acceptée sans réaction. Aujourd'hui j'écoute ces trois mots pour comprendre pourquoi ils sonnent faux.
Il n'y a besoin d'aucune force pour regarder. Seul le présent EST. Aussi celà n'a aucun sens de regarder l'avenir. On ne peut pas regarder ce qui n'est pas. Même l'imaginaire (construit sur la mémoire et donc sur du connu) ne peut regarder l'inconnu. L'avenir n'est que le passé modifié, une projection de notre conditionnement.
Je te propose donc, feu poète au si beau nom,  " la liberté de regarder le présent".

        Dans Libé Colum Mac cann dit :
"On s'arrêtait pour bavarder et le temps se figeait"
.

        Nous avons tous ressenti cette chose étrange. Dans un tel instant, quand on est vraiment au contact de l'autre, on comprend que le temps psychologique est une invention du MOI. Si l'on EST la conversation, si l'on EST l'expérience, il n'y a ni temps ni espace entre l'observateur et l'observé, entre le penseur et le pensé. Ce n'est pas une absence, non, c'est une formidable présence aux êtres et aux choses. Le temps chronologique, lui, continue à se dérouler et notre MOI prend peur quand il réalise que les aiguilles ont tourné sur la montre. Notre vieux cerveau est terrifié par ce vide pétillant de l'instantanéité.

       Dans une interview passionnante, François Bizot (prisonnier des khmers rouges en 70 et libéré par Douch qui deviendra l'un des pires bourreaux de Pol Pot. Lire "le portail" la table ronde 2000) écrit :
"Ce qui s'oppose au bonheur de vivre c'est le projet et le souvenir. l'homme moderne se retourne sans cesse sur lui-même. De même qu'il entre dans des perspectives de bien être et de progrès. Résultat, il n'y a pas de place pour le présent, pour cet interstice où l'homme peut être heureux? C'est quand on est rassasié que les ennuis commencent. L'homme s'ennuie, il a besoin de s'inventer tout un tas de chose."
        Il est rare de lire un telle pensée dans la presse. Oui le projet et le souvenir sont de l'ordre du connu, incapables donc de laisser surgir l'inconnu. Oui Il faut être un réceptacle vide et vivant (sans préjugés) pour pouvoir accueillir le monde qui est neuf d'instant en instant. Je dirais plutôt que le présent n'est pas un interstice mais l' infini des possibles. Je ne dirais pas que l'homme s'ennuie mais qu'il à peur de son vide intérieur et que toute distraction est bonne pour le combler : bouffe, loisirs, arts, idées, idéaux, religion, haine...

Tag(s) : #philosophie

Partager cet article

Repost 0