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        J’accompagne mon fils à son cours d’accordéon chromatique. Ce samedi-là, dans l’instant présent, voilà ce que je suis : un père qui accompagne son fils à son cours de musique. Je suis dans le bus 31 avec l’énorme boite noire sur le dos et lui file sur sa patinette en avalant les trottoirs parallèles pour me montrer qu’il va plus vite que moi. Je ne suis rien d’autre. Pourtant une pensée dit « tu es autre chose » puis une autre dit « est-ce que cette compétition lui permet de s’épanouir et de comprendre son rapport à moi ? ». La peur de n’être rien et le bavardage intérieur viennent souvent masquer le présent.
        En fait, j’ai dans une main un gros sac de livres et de DVD à rendre à la médiathèque. Cela fait partie des « choses à faire » comme on dit sans écouter ce que l’on dit. Rendre les livres et en prendre d’autres pour les enfants et pour nous. Mais a-t-on besoin de livres et de DVD ? Nous aident-ils à comprendre nos changements d’humeur, nos colères, nos désirs ? Sont-ils des distractions ? des fuites ? Cela vaut le coup de ce poser ces questions. Lisons-nous sans attente, comme nous voyageons, réceptifs à d’autres points de vue, ouverts à la découverte ?
        J’arrive devant la médiathèque. FERMÉE !!! C’est le grand pont du 1er mai (fête du travail), du 8 mai (Victoire sur le nazisme) et 10 mai (Pentecôte). Instant d’incrédulité et de déception. Puis le MOI rassurant fabrique aussitôt de la continuité sous la forme « j’aurais dû m’y attendre » puis du jugement « tu es un vrai con », enfin arrive la peur du vide intérieur « qu’est-ce que tu vas faire maintenant pendant une heure dans ce quartier avec ton putain de sac plein de bouquins ? ». Dès que nous avons une attente, nous rentrons dans la dualité frustration/plaisir.
        En redevenant attentif je comprends que l’opportunité m’est donnée de me ballader dans ce quartier que je ne regarde jamais vraiment. Je calme la sensation de vide en achetant un petit carnet et un stylo et je commence à décrire ce que je vois, entends et ressens. Je ne me focalise sur rien et reste attentif à tout. La ville est trépidente, faite de mille scènettes, mais mon esprit est immobile. Alors je deviens la ville, le temps (psychologique) disparaît et il est déjà temps (chronologique) d’aller rechercher mon amour de Tanuki musicien.

Tag(s) : #instants de vie

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