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Le vieil homme veut un masque anti bise (chapitre 24)

Vieille homme : hier matin, dans cet hôpital - ou prétendu tel - il n'y avait plus rien. "Même de l'eau on en manque" m'ont dit les nones, en deux mots, pas le Beatles ha ha. Il aurait fallu l'enregistrer ! Un hôpital qui manque d'eau ! Tout de même !
Moi : c'est sûr. Et votre nouvelle coupe de cheveux, a-t-elle eu du succès ?
Vieille homme : tenez-vous bien, trois femmes dont une religieuse m'ont dit que j'étais bien coiffé, elle voulait même toucher... J'ai dû les refréner.
Moi : bon. C'est très alcoolisé, non ?
Vieille homme : moi ?
Moi : mais non, le baba au Limoncello que vous mangez...
Vieille homme : vous savez, en Italie, il y a des merveilles à nulles autres pareilles. Il faut aller à Rome, Florence et Venise pour respirer la Renaissance. Nous allons aller ensemble chez le pharmacien pour lui dire que je veux des masques à prix compétitifs.
Moi : pour aller au carnaval de Venise ?
Vieille homme : allons ! il me faut impérativement des masques de chirurgien pour protéger mon nez proéminent, de ces petites bises perverses qui me déclenchent d'épuisantes séries d'éternuements, me laissant à tous les coups sur le carreau.
Moi : c'est rare qu'ils en aient, on en demandera aux infirmières de la maison de retraite.
Vieille homme : elles ne savent pas ce que c'est ! Si je n'en trouve pas, je crois que j'emprunterai un perroquet...
Moi : un perroquet ?
Vieille homme : oui un cacatoes car dans toutes les maisons bourgeoises il y a un lieu d'appoint qui permet de faire caca.
Moi : et nous voilà de retour à vos intestins, cela faisait longtemps.
Vieille homme : ça vous énerve ? Avouez-le : je sens que ça vous énerve mes histoires récurrentes de caca, hein ?
Moi : Mais pourquoi un Cacatoes ?
Vieil homme : parce que CACA justement, ha ha. Je vous ai bien eu. D'ailleurs savez-vous qu'aux temps du Gaulisme, les monuments aux morts naissaient sous nos yeux avec des élans verticaux ascensionnels tout à fait stupéfiants. À l'inverse, en bon pied noir, mon colon et mes intestins ont toujours eu de puissants élans descendants.
Moi : tout part de vos intestins, c'est votre centre, votre axe, et derrière il y a la peur.
Vieil homme : oui la peur et la mort...La mort en elle-même ne me fait pas peur. L'embêtant dans cette affaire, c'est la transition. C'est sûr que si j'avais un bon gros cancer à couilles rabattues ce serait plus simple et efficace. Naviguer à vue pendant autant d'années, entre chiasse et constipation, n'est pas une sinécure.
Moi : et si on quittait l'état de vos selles pour un sujet moins polluant ?
Vieil homme : hé bien à propos de selle, je vous annonce que Souleyman, l'infirmier le plus influant de la maison de retraite, et dont je suis le plus proche parent, possède un club hippique et il monte des paris dans les couloirs.
Moi : voilà qui est passionnant !
Vieil homme : ne vous emballez pas, ce ne sont que des silhouettes de faux chevaux. Cependant c'est très fatigant comme sport et cela requiert une volonté de vaincre inouie.
Moi : vous y jouez ?
Vieil homme : hé non, à cause de ma femme. Elle vient me voir pendant les réunions commerciales de ce prétendu hôpital. Elle renverse son corps en arrière et me regarde en biais comme si j'étais un jockey ! Elle est jalouse, mais elle raconte des choses très banales qui témoignent d'un réel soucis d'être en bon terme avec moi. Par ailleurs, j'ai une femme de chambre de Corée du Nord qui contrôle tous mes faits et gestes. Elle m'interdit la moindre frasque. Je crois qu'elle s'appelle...Aidez-moi ?
Moi : Maria ? Fatumata ?
Vieil homme : ça me revient, elle s'appelle Wisigoth. Alors hier je me suis lancé et je lui ai tourné le compliment suivant " Wisigoth, vous avez un corps merveilleux que vous ne montrez jamais, pourtant vous savez très bien où sont vos seins et leurs deux tétons si fermes. Vous n'êtes pas comme ces femmes qui ont une grosse poitrine dans le dos". Hé bien elle était ravie de ma saillie et m'a dit "Toi, vous êtes un chaud lapin docteur !". C'est une championne Wisigoth : elle arrive à 22h et elle fait des trucs complexes sans me dire ce que c'est. Le moins de travail possible dans le temps le plus court possible. La moindre des chose serait de m'annoncer ce qu'elle va faire, non ?
Moi : ce serait fairplay.
Vieil homme : Bon. Je suis allé deux fois de suite cette semaine, dans un monastère. À chaque fois, j'ai été reçu par une religieuse dans une minuscule cellule.
Moi : incroyable ! Racontez-moi...
Vieil homme : à chaque fois elle me demandait — Que voulez-vous ? — Faire mes besoins — Pipi ou caca ? — Pisser répondais-je invariablement. Alors elle m'attrapait par le colbac. C'était une force de la nature. J'étais ainsi suspendu en l'air et elle n'avait plus qu'à tirer sur mon pantalon, faire glisser la couche et déballer mes trésors à la vue de tous. Alors elle amenait la fameuse caisse à pipi et je me soulageais longuement sous ses yeux. Si j'éprouve une certaine gêne à chaque fois, je crois déceler une étincelle de plaisir au fond de ses petits yeux...
Moi : il est l'heure et je vais devoir y aller.
Vieil homme : oui, vous aller me donner un ticket de métro et on va aller au sud ouest, chez des gens que je connais, dans un petit village entre Paris et Montpellier. Je vais demander l'adresse au pharmacien.
Moi : laissez le pharmacien en dehors de ça, vous n'avez pas assez d'informations, il ne peut pas vous aider.
Vieil homme : mais si ! Tout le monde connait ce village à côté de Paris. En fait, je sens que vous êtes énervé à cause de mes histoires de caca.
Moi : bah !

Tag(s) : #Dialogues, #philosophie

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