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Le Médecin : comment allez-vous Docteur ?
Vieil homme : apparemment bien pour un centenaire, et vous allez me dire que je ne les fais pas, et je vous répondrai que vous me flattez, et vous me direz que vous êtes sincères, et je concluerai "Mais je me délabre tranquillement, point barre".
Le Médecin : ah ah ah (il sort)

Vieil homme : quand je vous vois arriver, je sais que nous allons passer un bon moment.

Moi : alors, cet appel en urgence ?
Vieil homme : hé bien, c'est à cause d'un rêve épouvantable que je viens de revivre.
Moi : racontez-moi ça.
Vieil homme : c'est un clan, une tribu, un gang. Ça se passe au Moyen Orient. Dans des temps très anciens, un homme a transgressé une règle d'or qui consistait à couper l'artère principale d'un taureau. Cette section a détaché l'Albanie de la mer. Albanie, pays communiste dirigé — entre nous — par un dictateur fou nommé Enver Hodja.
Moi : ...dictateur mort en 1985...il y a trente ans. Depuis c'est devenu un pays capitaliste qui fait partie de l'Otan...
Vieil homme : comme vous voulez, cela ne change rien à l'affaire. Albanie qui prolonge la Grèce, mais séparée par une série de montagnes.
Moi : revenons à votre taureau...
Vieil homme : un héros local avait créé cette torture de la section de l'artère principale du taureau, elle interrompait le lien entre l'Albanie et la Grèce par la mer Égée. Attentat monstrueux contre l'histoire ! Avant il y avait un canal comme à Panama. Un vrai déshonneur cette histoire car c'était l'une des richesses de l'Albanie qui était très pauvre.

Moi : pourquoi me parlez-vous de l'Albanie ?

Vieil homme : mais c'est la porte à côté !
Moi : êtes-vous déjà allé en Albanie ?
Vieil homme : j'ai frôlé l'Albanie en frôlant la Grèce... Et entre nous, ici, tout le monde se frôle.
Moi : dans la maison de retraite ?
Vieil homme : oui, l'ambiance est à peu près la même qu'hier ou demain. Je n'ai pas fait de progrès notoires. On est tout le temps frôlé, vérifié, mesuré, ici. D'ailleurs, me trouvez-vous vieilli ?
Moi : non.
Vieil homme : parce que j'ai 106 ans tout de même !
Moi : mais non, vous avez 93 ans.
Vieil homme : allons, ne vous moquez pas, s'il vous plait !
Moi : c'est simple, vous êtes né en 1921.
Vieil homme : heureusement que vous êtes là pour me mettre la pendule à l'air ! Je dois dire que la présence humaine est un facteur de réanimation formidable.
Moi : que voulez vous dire ?
Vieil homme : hé bien il y a toujours un moment où l'eau arrive et un moment ou elle repart. Aussi, je me demande s'il ne faut pas porter des cravates pour limiter ce territoire ?
Moi : insondable question (mort de rire). Au fait, avez-vous fini votre canette de Coca ?
Vieil homme : oui, j'en ai fait le tour sans faiblir.
Moi : avez-vous remarqué que lorsqu'on écrase cette canette, elle produit une musique de Boulez ?
Vieil homme : ha ha ha. Boulez, dont j'ai écouté moult concerts. On peut dire que ses compositions savantes sont comme des poignards dans le ventre, pleins de sang, avec une madone dans le fond pour faire chic.
Moi : vous êtes lyrique et caustique !
Vieil homme : Ah ce Boulez ! Il nous fera rire jusqu'à la plongée définitive... car la question de la finitude finit toujours par se poser. Où est la canette que j'essaie un petit air ?
Moi : devant vous. Quelle tuile cette perte de vos lunettes ! Je ne suis même pas sûr que vous me voyez...?
Vieil homme : votre voix et vos grandes mains chaudes me suffisent. Je me demande si les ophtalmologues n'ont pas le regard qui s'effiloche dans certains pays, un regard pyramidal inversé, vous voyez ? Il se peut que l'on soit en train de les perdre en grand nombre. Cela dit j'ai les heures très élastiques.
Moi : oui, d'ailleurs l'heure du dîner va bientôt revenir et je vais vous laisser.

Tag(s) : #Dialogues, #philosophie

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