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Une oeuvre collective initiée par Bénédicte (centre) et achevée par Ivan (parties latérales)

Une oeuvre collective initiée par Bénédicte (centre) et achevée par Ivan (parties latérales)

Quand une scientifique, grande vulgarisatrice des sciences et passionnée de peinture, rencontre sur le papier (150cm x 65cm) un artiste peintre passionné de sciences, cela donne une explosion musicale... Ils appellent ça "Le swing quantique" !

Au centre, dans un éclatement de lumière saturée, un groupe de musiciens swingue. Batteur, cuivres, contrebasse, saxophone, guitare et chanteurs font irradier leurs décibels, tandis que les regards avides convergent vers eux. Leurs visages sont vides, la lumière et le mouvement ayant gommé leurs traits. Toute leur expression est concentrée dans leurs mains et leurs corps greffés aux instruments. Ils flottent, solidaires, dans un maelström d’ondes sonores, lumineuses et cérébrales.

C’est un visage unique que le groupe offre au public, sans contour précis, mais aux sens aiguisés. La grosse caisse se teinte du bleu brillant d’un œil enfiévré. Une trompette devient la pupille d’un autre œil exorbité. Une oreille tendue, à la fois réceptacle et émettrice de l’œuvre éphémère, côtoie les chanteurs. Sous le disque blanc que trace sur la scène le projecteur de poursuite, des épaules tressautent en rythme.

A ce démiurge lumineux et central, font écho d’autres personnages plongés dans l’ombre, comme dans les profondeurs de la perception et de l’émotion, sorte de fabuleux fond marin, où la substance qui baigne les êtres a la même consistance qu’eux. Et où par conséquent les frontières entre les êtres s’estompent. L’instant présent les réunit.

Tout à droite, un spectateur sourit béatement. Il accueille sur le sommet du crâne un petit animal à longue queue, sorti d’une épaisse volute de fumée. Preuve que l’événement affecte aussi bien non humains qu’humains : le cosmos dans son ensemble. De son œil bleu grosse caisse, il laisse couler une cascade d’émotion, qui déferle sur la bouche bée de l’auditeur voisin.

Chez ce dernier, toutes les parties du cerveau s’empoignent, tous les sens s’étreignent : un œil se soude à l’oreille et l’autre migre jusqu’à l’aile du nez, la gorge se noue et les seins se dressent, la peau s’électrise et les épaules palpitent. Son corps reçoit de toutes parts l’énergie intense du groupe. Il atteint les limites de la perception, presque au-delà du plaisir, juste en-deçà de la douleur.

A gauche, les sens sont disloqués, à croire que les limites ont été franchies. C’est un regard ahuri, doublé d’un autre regard, apaisé celui-là, dirigé vers le haut ou vers l’intérieur de lui-même. C’est un flair affûté, bien que bouleversé. C’est une écoute claire, repue et vorace. Ce sont des idées effervescentes et jaillissantes. Tous émergent d’un creuset décoré de motifs primitifs, lequel s’est matérialisé dans le flux sonore.

Dos à la scène, un expérimentateur bienveillant surveille la source du sortilège, au sein du creuset magique. Pêle-mêle s’y trouvent les dimensions de l’espace et du temps, hésitantes, car elles ne savent pas encore comment elles se structureront ; d’innombrables particules primordiales, débordantes de désir, ignorant encore ce qu’elles deviendront les unes pour les autres ; de la matière organique, vibrante et affolée, parce que la vie entre en elle et l’anime.

Les ingrédients ne pourront plus être réunis de nouveau. Cet instant unique concentre des milliards d’années d’évolution du cosmos. L’univers n’a existé jusqu’à maintenant que pour ça : la fusion du public et des artistes, en une expérience non reproductible, en un orgasme complet et éparpillé, intense et léger, cosmique et quantique.

Bénédicte Leclercq

Tag(s) : #peinture, #musique, #Dialogues, #Sciences

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