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Tempête sous un crâne

Tempête sous un crâne

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Visite 2 à l'hôpital.

Vieil homme : vos arrivées surprises tiennent toujours du miracle. Comme si vous tombiez du ciel au bon moment. Et ce sourire qui ne s'efface jamais... C'est presque trop à mon humble niveau. J'ai l'impression que vous tenez à moi et que cette relation nous dépasse, non ? Asseyez-vous vite. Figurez-vous que j'ai justement des choses très importantes à vous dire, là, maintenant : après des années de pensées ludiques sur le suicide, il fallait que cela cesse ! J'ai donc rencontré un prêtre. J'ai tout de suite eu la nette impression que c'était un homme libre malgré son adhésion à une religion. Dimanche on va venir me chercher à 10h10 précise pour être présenté à la messe par une femme prêtre.
Moi : une femme prêtre ? vous êtes sûr ?
Vieil homme : pas vraiment, c'est encore à préciser. Je vais m'en remettre au prêtre qui fera de moi ce qu'il veut. J'espère qu'il n'est pas homosexuel. En fait j'ai décidé d'adhérer au catholicisme traditionaliste. C'est archi classique, classique, classique, vous savez. Enfin voilà quelque chose de tranché ! Cette histoire de suicide me poursuivait, c'en était devenu très inquiétant, voire dégueulace dans ses détails pratiques. Ce matin, donc, je fais un tour d'hôpital sur deux roues, ou à pieds, je ne me souviens plus très bien. Je croise un type qui me connaissait. Il m'amène à la chambre où disait-il, ma femme était hospitalisée. Il y avait bien une femme, mais j'ai tout de suite vu, même de dos que ce n'était pas la mienne. Hé bien c'est ce même homme qui va m'emmener à la messe dimanche. D'ailleurs, "comment que ça serait y possible qu'elle rodâsse dans les parages, ma femme ? " Hé hé, en puisant dans mon latin d'Algérie, j'en trouve encore de bonnes, mais point de flâteries, je ne suis pas spécialiste.
Moi : ha ha
Vieil homme : rire à gauche, rire à droite. Juste au moment où ça va capoter, au moment où les innocents vont être noyés dans le fleuve, tout arrive ! On cesse d'être assassiné la nuit c'est pas mal, non ?
Moi : j'avoue...?
Vieil homme : ne m'interrompez pas je vous prie, j'ai beaucoup de choses à vous révéler. Parlons de Charles Trenet par exemple. Vous vous souvenez de cette chanson qui ne parle pas de nous : Monsieur, Monsieur / Vous oubliez votre cheval / Ne laissez pas ici cet animal / Il y serait vraiment trop mal / Monsieur, Monsieur / pour un pur-sang dans un vestiaire / C'est triste de passer la nuit entièr'/ Sans mêm' coucher dans un' litière / Comme il s'ennuyait / Et comme il bâillait / Je chantais pour qu'il soit sage / Comme il avait faim / Qu'j'n'avais plus d'pain/ J'y ai donné un peu d'potag'/ Monsieur, Monsieur/ Chose pareill' est anormale/ Ne laissez pas ici cet animal,/ Vous oubliez votre cheval."
Moi : j'ai compris votre message...sans trainer.
Vieil homme : à part ça, savez-vous qu' il y a deux femmes dans ma vie ! En premier, ma femme, une parturiente qui va bientôt casser sa pipe, avec toute sa descendance ; et puis il y a Roberta et Consuela, qui ne sont en fait qu'une seule et même personne, vient-on de me révéler en haut lieu.
Moi (à la limite du fou rire) : tout devient clair !
Vieil homme : avec cette future entrée en religion, j'ai un vrai apaisement. Regardez, j'ai le sourire du catho débutant qui cherche en vain ses canines pour mordre dans l'adversité.
Moi : joliment tourné !
Vieil homme : observez bien, j'ai le sourire hilare du vieillard dans le soleil touchant. Mais, vous qui me connaissez depuis l'enfance, franchement, vous ne trouvez pas que je débloque un peu, par-ci par-là ?
Moi : 80% réglo et 20% à l'ouest.
Vieil homme : je valide. Par contre je ne sais pas faire le sourire sardonique ha ha.
Moi (à nouveau proche du fou rire) : hé hé, ce n'est pas dans votre nature.
Vieil homme : on dirait qu'il y a des gouzis gouzis qui se préparent ?
Moi : c'est un hélico qui passe au dessus de notre tête.
Vieil homme : comme c'est intéressant ! Avec vous les évènements les plus innatendus s'enchainent. Vos réponses sont toujours très osées et néanmoins rassurantes. Je crois que nous ne sommes pas génétiquement du même monde. En fait je suis candidat à une élection avec dieu le père, il ne faut pas rigoler avec ça ! Ne trouvez-vous pas que tout est beau ici ? La nature s'est mise en accord avec la réussite ambiante et vous de même. Pour une fin de carrière de non chrétien, c'est pas mal, non ? Et comme on dit à la maison, il n'y a que la peau de couille pour conserver le tabac. Au fait, vous avez lu "Une journée d'Ivan Denissovitch" de Soltjenitsyne ? C'était inoui en 1961. Aujourd'hui ça vous tombe des mains...
Moi : à part les 30 dernières pages...?
Vieil homme : oui, et l'avant dernière phrase vous vous rappelez " Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque de bonheur". Choukov c'est un peu moi.

Moi : il fait froid, remontons dans votre service.
Vieil homme (se regardant dans le miroir de l'ascenseur) : Étonnant ce cercle sur ma tête ? Serait-ce une auréole ?
Moi : c'est votre casquette.
Vieil homme : dommage ha ha.

Le vieil homme qui chantait "Vous oubliez votre cheval" (2)
Tag(s) : #Tagtool, #instants de vie, #iPad, #Digital Painting, #Dialogues

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