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Ah! Le beau Musée des Beaux arts de Rouen, réaménagé en 1980 par Madame Andrée Putman (1925/2013).

http://studioputman.com/about/fr-andree-putman/.

Comme dans tout musée, on peut voir de belles croûtes et de grandes tartines sans audace, mais aussi un beau "Démocrite " rieur de Diego Velasquez, un Caravage sans intérêt, quelques jolis Géricault, un grand Boucher agréable, deux Fragonard magnifiques (la gardeuse d'oies est selon moi le plus beau tableau du Musée), un Gustave Moreau potable, deux Monet célèbres et géniaux (une cathédrale violette et une rue de Paris en 1870 pleine de drapeaux), une ribambelle de Sisley plaisants, un superbe Caillebotte, un doux portrait de Delacroix, quelques Corot étonnants, un tableau de mon prof des Arts Décos Boris Taszlitsky (qui dessina dans les camps), un Kupka superbe, une belle salle de Blanche, le très beau cheval de Duchamp Villon et enfin et surtout un immense tableau énigmatique d'Evariste-Vital Luminais (1822-1896) "Les énervés de Jumièges" dont les japonais sont fous !

Luminais futle spécialiste de la peinture de gaulois sous la IIIème république, fabriquant une mode gauloise qui a façonné notre imaginaire et inspiré Les atours d'Astérix et Obélix.

La version des " énervés de Jumièges" que l'on peut admirer à Rouen

La version des " énervés de Jumièges" que l'on peut admirer à Rouen

Il s'agit en fait d'une "copie améliorée" réalisée par le peintre lui-même avec ajouts ( Comme la bougie qui donne le sens de la marche du radeau qui vient vers nous) Elle fut réalisée entre 1880 et 1886.

Que voit-on ? Une peinture symboliste, de facture très classique. Une construction selon une diagonale qui détermine un triangle vide eau et paysage) et un triangle plein (bateau et personnages). C'est le sujet, le titre et la taille de l'oeuvre qui marquent plus que la touche ici. Deux jeunes hommes sont étendus sur un lit/barge (plate en bois) qui dérive sur un large fleuve (rien ne dit que c'est la Seine, mais il s'agit bien d'une mise en scène) Ils n'ont pas du tout l'air énervés. Ils ont les yeux ouverts, mais ils sont carrément indolents, mous, défaits de chez défaits, complètement stones ou biturés. Un détail intriguant : les pieds emmaillottés/momifiés et ceints de lanières de cuir du personnage de gauche. Leurs têtes reposent à angle droit sur d'énormes oreillers en toile de jute appuyés à une masse de tissu noir. La couverture qui les recouvre pend dans l'eau. On voit son reflet. Par contre on ne voit pas le reflet de la main qui pend ? Sur la couverture, on voit brodé ce qui ressemble à des extraits de la tapisserie de Bayeux 1077 (?) ainsi qu'une Svastika dextrogire qui représente la marche du temps et la course du soleil. Les roses en plastique, la bougie et le petit cénotaphe (y voit-on une petite figurine de Sainte ? Sainte Bathilde?) font penser à un rituel religieux et l'ensemble à ces cadavres empaquetés qui dérivent rituellement sur le Gange. A-t-on affaire à un catafalque ? J'adore le détail de l'orteil qui dépasse du pied emmaillotté... Ce pouce dressé est-il un dernier signe de vie ? Un pied de nez de la part du peintre au jury du salon ?

 

"Les fils de Clovis II " que l'on peut admirer à Sidney

"Les fils de Clovis II " que l'on peut admirer à Sidney

Voici donc le tableau original présenté au Salon de 1880, propriété aujourd'hui de l'Art gallery of South Wales Sidney Australie. Ce tableau est mondialement connu quand son auteur a disparu des livres d'art.

On dit que ces deux jeunes hommes furent punis par leur père Clovis II et leur mère Bathilde pour avoir essayé de prendre le pouvoir pendant qu'il était parti en pélerinage à Jérusalem ( en fait en croisade).

Clovis I, premier roi Barbare converti au christianisme, est le fondateur de la dynastie Mérovingienne  ( fils de Mérovée). Son fils Dagobert meurt en 638. Le fils de dagobert, Clovis II, n'a que 4 ans quand son père meurt. Il meurt à son tour à 22 ans aussi ses enfants sont trop jeunes pour régner. Ces rois n'avaient pas de pouvoir, ne pouvaient rien faire, d'où le nom de roi fai-néant, (pas du tout donc parce qu'il étaient paresseux ? Pourtant c.est ce que donne à voir la peinture de Luminais ? Apparences trompeuses?).

Quand Clovis II part en croisade en terre sainte (aucune trace qu'il y soit jamais allé), ses fils prennent le pouvoir et soulèvent une armée contre lui. La reine Bathilde le prévient. Les deux parents les punissent par le supplice de l'énervation ( arracher les nerfs des mollets et casser les os?) puis les laissent dériver sur la Seine. Ils voguent jusqu'à l'Abbaye de Jumiéges où ils sont reccueillis par les moines qui les soigneront. Les reliques de Bathilde sont à l'Abbaye du Jumiège (et date bien du VIIe siecle) mais le tombeau des énervés (couvert de fleurs de lys) date du XIIIe siecle .... Or Clovis II est mort à 22 ans donc ses deux fils avaient 4 et 5 ans... !!!
Autre version beaucoup reprise : ce serait le Duc de Bavière Tassilon et son fils Théodon, suppliciés pour s'être opposés à Charlemagne...?
Serait-ce une pure légende construite au XIIe pour expliquer les dons énormes (bien réels) à l'Abbaye consentis par la reine Bathilde (provenant des pillages des croisades?) ???
Et si c'était un homme et une femme et non deux frêres? Le petit chien sculpté sur le tombeau étant symbole de la femme et de la fidélité...? ou deux amants hommes ?
( nombreuses références au livre "Les énervés de Jumièges"  de Dominique Bussillet que je remercie ici vivement pour ses recherches passionnantes)

Le croquis plus nerveux que j'en ai fait...

Le croquis plus nerveux que j'en ai fait...

Que nous dit Evariste-Vital Luminais avec son oeuvre ?

1) Obéissez à vos parents sinon il vous en coûtera ?

2) Qui aime bien châtie bien ?

3) À enfants ingrats, parents sadiques ?

4) Les parents voudraient que vous soyez des enfants (dociles) à vie ?

5) Un enfant qui nait met ses parents fassent à leur propre fin ?

6) Ce qui est tranquille d'apparence (une toile, deux garçons, un fleuve...) peut cacher les pires violences (la torture, la rébellion, les croisades, la 1ère esquisse de Luminais avec le bourreau et les parents)

Un dernier questionnement : le bateau/lit vient vers nous. Nous sommes très prêt de lui. N'est-il pas en train d'arriver vers nous ? Le peintre ne nous place-t-il pas dans la peau des moines qui vont accueillir ces suppliciés et les soigner ? Souhaite-t-il éveiller la compassion du Salon et de son jury ? Pour deux suppliciés ou pour sa peinture ?

Evariste-Vital crie-t-il "du nerf fainéants !" ou lance-t-il tout simplement à la face de tous son plus grand fantasme "j'adorerai me cuiter avec mon meilleur pote et me laisser dériver au fil de l'eau" au lieu d'être un peintre d'histoire ambitieux et sérieux?

Allez voir au musée des beaux arts de Quimper son autre toile fantastique : "La fuite du roi Gradlon"

Tag(s) : #Lecture d'oeuvres

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